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Occitanie Musées est l'Association des Conservateurs et Personnels Scientifiques des Musées d’Occitanie. Elle regroupe les personnels scientifiques des Musées de France et des établissements à but culturel et patrimonial de la région Occitanie. Elle fédère plus d’une centaine de professionnels dans tous les domaines d'activités des musées (direction, conservation, médiation, documentation, régie...). L'Association est une section régionale de l’AGCCPF, Association nationale des conservateurs et des professionnels des musées et des patrimoines publics de France.
Administration des musées
Fiche communiqué de presse

Dossier de presse exposition « Les Petits soldats »

Du 9 novembre 2022 au 2 avril 2023

Du XVIIIe au XXe siècles : jouer et rejouer l’histoire militaire

Les premières figurines remontent à l’Antiquité égyptienne, durant laquelle des figurines en bois représentant des guerriers étaient déposées dans des sépultures. Par la suite des figurines de bois, de plomb voire d’argent représentant sont attestées sous l’Empire romain, au Moyen-Âge et à la Renaissance.
C’est au XVIIIe siècle qu’apparaissent, avec les progrès de l’imprimerie, les premiers « soldats de cartes » dont les nombreuses séries permettent après un habile travail de découpage et de soclage de constituer de véritables petites armées prêtes à la manœuvre. En Bavière, les premiers « soldats en plats d’étain » firent la renommée des fondeurs qui tout au long des XVIIIe et XIXe siècles inondèrent l’Europe de ces figurines plates de 20 à 30 mm représentant tous les corps de troupes de l’Europe, mais aussi des scènes religieuses, profanes, puis des cirques, des fermes et bien sûr les inévitables cowboys et Indiens.
Le succès des « petits soldats » de papier, plats d’étain, demi-ronde bosse en plomb, puis ronde-bosse plein ou creux fut grandissant et s’imposa dans tous les foyers avec, parfois pour les plus modestes des figurines bon marché en sciure de bois et plâtre. Après la Seconde guerre mondiale, de nouveaux fabricants proposent les figurines en aluminium et surtout des figurines en plastique et les maquettes à monter et peindre aux échelles 1/72e et 1/32e distribuées très largement à prix modique.

Le « petit soldat » fut donc de la fin du XVIIIe au XXe siècle l’un des jouets préférés des enfants permettant de développer leur imaginaire et d’affronter et d’apprivoiser le monde des adultes.
Ses vertus ludiques s’accompagnent également d’intérêt pédagogique, lorsque transposant le passé et l’actualité sur une table, le jeu de guerre devient jeu de tactique (à l’instar du jeu d’échecs ou du jeu de dames, mais sur des cas concrets puisés dans l’histoire ou dans les théories de l’art militaire en vigueur).
Le musée international des hussards dispose d’une riche collection d’une centaine d’estampes représentant des planches de figurines à découper du 19e siècle (imageries d’Epinal, Nancy, Metz, Pont-à-Mousson, Strasbourg, Lille, Nuremberg …), de centaines de soldats de cartes découpés et soclés de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle, de centaines de soldats en plats d’étain, demi-ronde-bosse, ronde-bosse des XIXe-XXe siècles (avec parfois des bâtiments et des décors), mais aussi des figurines en porcelaine (de Saxe), en bois (y compris sculptées par Clémence à la fin du XVIIIe siècle), de cartons, de tissus et de plastique représentant des hussards.

Les soldats de cartes
Les premiers soldats de cartes se développent à la fin du XVIIIe siècle en Alsace grâce aux progrès des techniques d’imprimerie, en constante évolution.
Présentés sous la forme de planches imprimées, il fallait découper chacune des figurines, puis les installer verticalement à l’aide d’une pliure ou d’une pièce en bois collée. Les éditeurs des séries de planches se trouvaient en Alsace, à Epinal, Verdun, Metz, Nancy mais également à Tourcoing, Lille et Paris. Certains imprimeurs, en particulier à Nantes et à Narbonne ont également édité des séries de soldats.
Outre le travail manuel de découpage et de collage, l’aspect pédagogique historique autant que ludique ont permis à l’imagerie de se développer à une grande échelle tout au long du XIXe siècle.

Les plats d’étain
Les petits soldats d’étain ont été produits à bas coûts en grandes séries par des fondeurs comme pour les enfants dès le XVIIIe siècle. Vendus par des colporteurs, ils rencontrèrent un succès grandissant.
Le procédé consistait à graver la figurine des deux côtés à une faible épaisseur sur deux plaques constituant un moule en deux parties afin d’y couler de l’étain ou un alliage de plomb et d’étain.
Rapidement, des séries de soldats français furent produites pour l’exportation. Au début de la production, la taille variait entre les différents fondeurs, puis, au début du XIXe siècle, une normalisation devint indispensable ramenant les figurines à 25-30 mm de la terrasse (le socle) jusqu’au front pour un piéton et à 40-45 mm pour un cavalier.
Ces figurines attirèrent bientôt les adultes qui les peignèrent ou les firent peindre, recherchant toujours plus d’exactitude uniformologique et de variété historique.

Les soldats en demi-ronde bosse et ronde bosse
La recherche de figurines plus réalistes implique que les sujets plats prennent de l’épaisseur. Ainsi, parallèlement aux productions de plats d’étain peu coûteux, apparaissent des figurines en demi-ronde bosse dont les poses s’inspirent de modèles de la sculpture classique.
En France, au début du XIXe siècle, Charles Florent Lucotte commence à imposer ce type de petits soldats, suivi par l’association du fondeur Blondel avec le fabricant et marchand de jouet Cuperly, rejoints, vers le milieu du XIXe siècle, par Sosthène Gerbeau. La firme CBG est née. Elle produira parmi les plus célèbres séries de petits soldats de plomb massif en ronde bosse.
En Grande-Bretagne, en 1893, Britain lance une production de petits soldats en plomb creux avec bras articulés qui rencontra un très vif succès y compris en Europe et aux Etats-Unis.

Du diorama au jeu de guerre : du jeu d’enfant à la simulation tactique
Le nombre et la variété des séries de petits soldats, l’harmonisation des échelles de réduction ainsi que l’ajout d’éléments de décors permirent de rendre plus réalistes les possibilités de jeu pour les enfants. Ainsi, de la fin du XIXe siècle à de la première moitié du XXe siècle  purent se voir offrir régulièrement des petits soldats.
De nombreuses scénettes puis de grands dioramas virent alors le jour dans les chambres d’enfants, stimulant l’imagination. Certains de ces dioramas s’exposaient dans les vitrines des magasins de jouets en particulier durant la période de Noël.
La reconstitution historique des grandes batailles, présentée de manière plus ou moins réaliste, inspira les amateurs d’histoire militaire mais aussi les états-majors des armées européennes qui utilisèrent des pions ou des figurines symbolisant les unités de manœuvre afin de développer les premiers jeux de guerre appelés également kriegspiel ou wargame dans un but d’instruction tactique.

La figurine de toutes tailles et de toutes matières : du jouet à la collection
La figurine est avant tout une sculpture, mise en peinture ou non, produite à grande échelle. Avec sa charge émotionnelle de l’enfance perdue, le jouet ancien devient alors naturellement un objet de collection.
D’autant que la figurine peut être produite de manière industrielle, semi-industrielle ou artisanale. En fonction des matériaux utilisés pour sa fabrication (étain, plomb, sciure avec plâtre, bois ou aluminium), elle peut être onéreuse ou bon marché. Elle peut également répondre à des standards de taille et d’attitude souvent imposés par les techniques de moulage tout comme laisser une grande marge créative à des artisans qui peuvent alors utiliser plusieurs types de matériaux et s’affranchir des poses comme des normes.

Les petits soldats en plastique : la production de masse pour tous
L’après-seconde guerre mondiale voit l’apparition en Grande-Bretagne de l’injection plastique permettant de fabriquer à très bas coûts des boîtes de petits soldats non peints sur grappes des deux échelles standardisées 1/76e – 1/72e (20-25 mm) et 1/32e – 1/35e (60-65 mm). Parallèlement sont produites des maquettes à monter afin de compléter les dioramas et les tables de jeux de simulation tactique. Ces petits soldats connaissent un énorme succès dès le début des années 1960 grâce aux productions de la marque Airfix, rejointe sur le marché de la figurine et de la maquette par Matchbox dans les années 1970 et l’italien Atlantic. Dans les années 1980 l’italien Esci et l’allemand Revell viennent s’ajouter à une demande toujours croissante, malgré les chocs pétroliers qui font augmenter les coûts de production du plastique. Les enfants des années 1960-1970 ont grandi mais certains continuent à monter et peindre des figurines et des maquettes, à réaliser des dioramas et à se lancer dans des jeux de simulations.
Depuis 2000, avec le développement de productions en Russie, en Ukraine et en Chine, ce sont plus de 1600 références nouvelles, couvrant tous les conflits qui sont commercialisées.

Au XXIe siècle : Les petits soldats physiques et numériques
Les nouvelles technologies auraient pu sonner le glas du petit soldat. Mais l’informatique a permis de développer des jeux de rôle, de tactique voire de stratégie sur ordinateurs ou consoles qui permettent de reconstituer des combats ou des batailles très fidèlement. Parallèlement à la numérisation (Âge of Empire, Cossacks, Medal of Honor, Total War, Call of Duty, Battlefield), les jeux de plateaux ont su résister et l’utilisation de figurines se maintenir tant dans la simulation tactique historique (De Bellis Antiquitatis, De Bellis Multitudinis, De Bonaparte à Napoléon, Blitzkrieg) que dans celle des univers de science-fiction ou de fantasy (Warhammer, Star Wars, Le Seigneur des Anneaux, Game Of Thrones).
Les jeux de guerres ont donc inspiré les créateurs de jeux numériques, mais l’univers cinématographique et ludique a permis de voir resurgir des jeux de plateaux et de simulation qui font la part belle aux figurines. Quant aux soldats de cartes, aux plats d’étain, aux demi-ronde bosse, aux plombs et même aux petits soldats en plastique, ils ont depuis rejoint les collections privées ou celles des musées.

© musée Massey

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Tarbes | 65
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