Pierre Daura

Pierre Daura
naissance
21 février 1896, Minorque/Baléares
décès
1er janvier 1976, Rockbridges Baths/Virginie
nationalité
espagnol
activité
Peintre

Artiste espagnol engagé, naturalisé américain, il tomba en amour du Lot depuis les années 20, devenant l’hôte de Saint-Cirq Lapopie en acquérant l’ancien hospice du XIIe s., devenu en 2005 le prestigieux siège éponyme des Maisons Daura où la Région Midi Pyrénées y soutient les arts contemporains.
Pedro Francisco Daura y Garcia, élève du père de Picasso, Jose Ruiz y Blasco, époux du peintre Louise Heron Blair, eut en ces lieux une fille, Martha, qui réside désormais aux États Unis mais demeurant très attachée à sa terre natale quercynoise.
Ami d’Emile Joseph-Rignault son voisin, il le fréquenta régulièrement, devenant après la mort de celui-ci le premier "conservateur" de l’actuel musée départemental en germe : en cette demeure inspirée, l’évocation de cet artiste qui compta, avec Rignault, parmi les tout premiers à conférer le pouvoir de son art et de sa notoriété au petit village alors quasi ruiné, veut rendre hommage à ce grand plasticien autant qu’intellectuel d’une avant-garde rigoureuse, poétiquement abstraite et scientifique.

Une vocation innée et déterminée

Né à Minorque, fils d’un musicien et négociant en textile de Barcelone, le jeune Pedro(1) Francisco Daura y Garcia, filleul du violoncelliste Pablo Casals puis élève du père de Picasso, Jose Ruiz y Blasco, expose et vend ses premiers tableaux dès ses 14 ans.

À Paris pendant la première Guerre mondiale, l’artiste travaille à l’atelier du peintre et poète Emile Bernard(2). Il pratique la gravure avec André Lambert, fin latiniste en charge de l’érudite revue Janus. L’Agrupacio d’artistes catalans l’accueille à Barcelone de 1918 à 1935, pour des expositions européennes.

En immersion parisienne dans les bouillonnantes Années 20, il expose au Salon d’automne en 1922 et 1926. Mais en 1928, renouvelant la sédition encouragée par Napoléon III avec le Salon des Refusés, il contourne l’exclusion par le prestataire officiel en participant, Galery Marck, à l’exposition contestataire des Cinq Peintres Refusés par le Jury du Salon.

Fin 1929, avec ses amis Joaquin Torrès-Garcia(3) et l’artiste et critique d’art Michel Seuphor(4), il forme l’association d'avant-garde Cercle et Carré, tenant de l'abstraction et de la géométrie (illustrée par Mondrian), face à l’omniprésence du surréalisme. Il participe ainsi à l’unique exposition du groupe en avril 1930 à Paris à l'exposition Cercle et carré de la Galerie 23.
Daura dessinera le logotype du concept(5) qui rassemble Arp, Clausen, Gorin, Kandinsky, Léger, Mondrian, Pevsner, Russolo, Stella et Vantongerloo, et fera date dans l'histoire de l'art.

En 1934, Daura se rend une première fois en Virginie (USA) pour rencontrer les parents de sa femme Louise Héron Blair épousée en 1928. Y séjournant près d'une année, il en peint les paysages.

En 1937, à 41 ans, Daura rejoint l'armée républicaine espagnole contre Franco. Sérieusement blessé à Teruel, renvoyé en France, il ne reviendra jamais en Espagne, lui-même et sa fille ayant été privés de la nationalité espagnole, son épouse demeurant américaine.

En 1939, les Daura sont en Virginie lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale. Avec sa fille Martha, il est lui-même naturalisé américain en 1943. Pendant la Guerre, Cy Twombly, émerveillé dès ses 14 ans par la chaleur méditerranéenne de l’âme et de l’art du Maître, sera son amical étudiant(6).
En 1945-46, Daura devient président du Department of Art au Lynchburg College. De 1946 à 1953 il professe au Randolph-Macon Woman's College, à Lynchburg, recommence à peindre et explore la sculpture à plein temps en 1953.
De 1959 à 1976 Pierre Daura vit à Rockbridge Baths, petit village ou s’éteint sa femme Louise en novembre 1972, puis lui-même le 1er janvier 1976.

Notes :
(1) "Pere", en catalan. Plus tard, connu sous le prénom de Pierre.
(2) Cet artiste avait fréquenté Toulouse-Lautrec, Gauguin, Cézanne, Apollinaire…
(3) Peintre et sculpteur uruguayen, fondateur du mouvement d’universalisme constructif
(4) De son vrai nom Ferdinand Louis Berckelaers, également peintre et écrivain belge né à Anvers, Seuphor est le pseudonyme d’Orpheus
(5) Trois numéros de la Revue correspondante seront publiés
(6) Edwin Parker (Cy) Twombly Jr. (1928 Lexington / 2011 Rome), Peintre, dessinateur, sculpteur, photographe américain. Son œuvre croise les enjeux majeurs de l'art au XXe s. : dilemme abstraction/figuration, intervention de la psychanalyse, primitivisme, rôle de l'écriture en peinture, hommage aux Anciens (thèmes antiques ou littéraires), liens artistiques entre Europe et Amérique.

Des américains en Quercy - Un héritage multiple, des donations prestigieuses

Pierre Daura s’énamoura du Lot en 1914, alors que son train, réquisitionné pour l’armée, le contraint à s’attarder en touriste fortuit et dépouillé. Le coup de foudre frappa à Saint-Cirq Lapopie, concrétisant quinze ans plus tard "comme un rêve de pierre" par l’acquisition de l’ancien hospice du XIIIe s., qu’il orna de peintures murales dans un esprit médiéval, y portraiturant en icône sa femme et sa fille tant aimées, enchâssant un mobilier en phase avec les vénérables murs.
Devenant, avec Rignault en tête, l’une des figures marquantes de la renaissance de la petite Cité quasi désertée et ruinée au détour de la Guerre de 14, Daura y fut profondément respecté, suscitant par sa noblesse de cœur et de manières, et la magie de son art, des hommages quasi seigneuriaux de la part des habitants admiratifs.

Pierre Daura avait donc épousé Louise Heron Blair en 1928, alors étudiante en art à Paris. Le couple aimait la France et à partir de 1947, reviendra presque chaque été dans la demeure tant goûtée, où leur fille née en 1930, connut sa prime enfance, y retrouvant les vieux amis d'avant-guerre comme le docteur Jean Peindarie qui mit au monde Martha à Cahors.
Résidant désormais aux États-Unis mais demeurant elle-même très attachée à sa terre natale quercynoise, Martha Daura n’aura eu de cesse, en plus de sa Maison natale(7), que de léguer aussi généreusement d’importantes collections à des musées catalans comme ceux de Barcelone et Montserrat, ou français comme les musées Rigaud à Perpignan, des Augustins et Paul Dupuy à Toulouse, Cahors et Figeac, sans oublier le Centre Pompidou. Les États-Unis ne sont en reste : parmi les trente cinq musées enrichis d’œuvres de ses parents, l’héritière de l’Artiste a doté, entre autres le San Diego Museum of Art, le San Antonio Museum of Art, et Indianapolis Museum of Art. Elle a également doté le Georgia Museum of Art d'un Pierre-Daura-Center dédié à l'étude de l'œuvre de Daura, avec d’importants dessins, peintures, sculptures, appuyé d’un riche fonds d’archives.

Notes :
(7) En 2005, la Région Midi-Pyrénées ouvre les
Maisons Daura accueillant en résidence des artistes internationaux, dans la noble demeure offerte en son état de vie de maison-atelier encore vibrante des séjours, des créations et des amis des Daura, avec le jardin toujours marqué de sa structure de topiaires en Cercles et Carrés. Les photographies de Jean-Louis Nespoulous en rappellent un état déjà restreint.

© Isabelle Rooryck
Conservateur en chef départemental des Musées du Lot
Commissaire de l’exposition Daura - janvier 2012

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bouton (voir le diaporama de l'artiste) Autoportrait à la chemise bleue - Pierre Daura

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