• peinture / sculpture

Ingres et la couleur

« Le dessin est la probité de l’art ». De cette phrase, Ingres semble avoir fait une devise qu’il suivit durant toute sa longue carrière. Si le trait et sa grande maîtrise ont établi la fortune critique du peintre de la Grande Odalisque, qu’en est-il de son rapport à la couleur ? Divers témoignages reconnaissent à Ingres une grande aisance dans le maniement de la mine de plomb, mais lui reprochent souvent, et parfois vivement, son usage de la couleur. Ainsi ces mots de Charles Baudelaire : « M. Ingres adore la couleur, comme une marchande de modes. C’est peine et plaisir à la fois de contempler les efforts qu’il fait pour choisir et accoupler ses tons… ».

Abordée sous l’angle de la couleur, la peinture d’Ingres est souvent confrontée avec celle d’un autre grand artiste que connut le peintre montalbanais mais qu’il ne fréquenta guère : Eugène Delacroix. Ces deux personnalités contrastées incarnèrent au XIXème siècle l’antagonisme de la peinture et du dessin. Les défenseurs de l’académisme inquiétés par les trop grandes libertés prises par les romantiques, utilisèrent Ingres, lui pardonnant alors ses déformations dans un premier temps critiquées, afin qu’il incarne les valeurs de la peinture traditionnelle dont les fondements reposent sur le dessin. La couleur devint l’apanage des romantiques.

L’emploi d’une gamme limitée de tons allié à une grande économie de couleur ont déchaîné les commentaires des contemporains d’Ingres dénonçant dans ses tableaux, l’absence de profondeur, la faiblesse des modulations et l’aberration de certaines juxtapositions qui semblaient révéler le défaut majeur de l’artiste mais qui en firent aussi toute sa modernité : une perception complexe de la profondeur de l’espace. « Il confond coloration et couleur » formule cinglante de Delacroix qui résume de façon caricaturale la position de la plupart des critiques à l’encontre de l’usage ingresque de la couleur.

Pourtant, la couleur fut l’une des préoccupations principales du peintre montalbanais. Un nombre considérable de ses études porte en annotation des indications de teintes auxquelles celui-ci songe dès la conception de son oeuvre, jusque dans ses copies de peintures pompéïennes, de miniatures persanes ou de tableaux florentins sur lesquels il préfère écrire les couleurs que les apposer.

Perfectionnant sa technique, l’artiste eut souvent recours à l’emploi de papiers de couleurs car le travail au crayon et à la craie sur des fonds colorés permettait de travailler sur plusieurs niveaux : le noir perce le plan de la feuille alors que le blanc agit comme un relief. Ainsi le motif parvient à un niveau souvent « exceptionnel de volume où le travail sur les lumières égale en importance l’attention portée aux ombres ». Si le résultat fut particulièrement efficace, Ingres ne fit pas un usage plus courant de ce procédé, finalement assez éloigné du dessinateur au trait qu’il était. Il en fut de même pour l’aquarelle que l’artiste utilisa avec talent pour porter l’attention sur les détails essentiels d’une étude ou encore pour fixer les effets colorés d’une composition avant sa réalisation finale (Tombeau de Lady Montagu, Philemon et Baucis).

En cela, certains critiques ont bien perçu l’enjeu de la couleur chez Ingres, et Baudelaire argumenta dans ce sens, formulant sa réflexion en ces termes « Il est entendu et reconnu que la peinture de Monsieur Ingres est grise, ouvrez l’œil, nation nigaude et dites si vous vites jamais de peinture plus éclatante et plus voyante et même une plus grande recherche de tons ? ».
Jusqu’au début du XX° siècle, époque où toutes les avants-gardes mirent le cap sur la couleur, les reproches abondaient encore sur la conception qu’Ingres avait de la couleur.
La question est encore ouverte aujourd’hui.

© Musée Ingres

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