Château-musée du Cayla [Andillac, 81]

Exposition : Bacchantes (archive)

du 14 mai au 30 octobre 2011

vernissage samedi 28 mai 17h30
> 14h30 : remise des prix du concours occitan de L’Institut des Etudes Occitanes
> 16h : visite de l’exposition « Bacchantes »
> 17h30 : vernissage de l’exposition « Bacchantes ».
Pour ceux qui souhaitent profiter du parc du château en fin d'après-midi, amener son pique-nique et sa couverture !

photo :Jean-Luc Ramond, "Ariane à la pomme de pin", 2010

Maurice de Guérin écrit en 1835 "La Bacchante", un poème en prose qui constitue le versant féminin du poème Le Centaure. Dans ce texte, il reprend la longue tradition littéraire depuis Homère, Hésiode et Ovide, relative aux rites du dieu grec Dionysos, connu chez les Romains sous le nom de Bacchus.

Confronté à des œuvres antiques prêtées par le musée Saint-Raymond de Toulouse et aux créations originales de Jean-Luc Ramond, photographe, le texte laisse apparaître des visages et des corps de femmes en mouvement, des personnages issus des mystères qui fondent notre humanité.

« Ainsi revisitées, les mythologies nous font signe… Signe qu’il est temps d’entrer en résonance avec notre passé le plus reculé, avec nos fantasmes les plus secrets, avec nos émotions les plus intimes… »
Jean-Luc Ramond

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Les Grecs et à leur suite les Romains, ont exprimé dans leurs dieux leur vision du monde.

Si Apollon est le dieu de l’art et de la raison, Dionysos est le dieu de l’ivresse et de l’extase. Il entraîne à sa suite les adeptes de son culte dans les plaisirs de la vie sous l’influence de la boisson. Les fêtes se déroulent dans des paysages de nature sauvage. Ses rites célèbrent la fusion de l’humain et de la nature. Lors des Dionysies, toute séparation est abolie : les panthères tirent le char fleuri du dieu, les animaux dialoguent avec les hommes et les plantes, esclaves et maîtres sont unis dans les chœurs bachiques.

Ce pan de la mythologie antique a été une source d’inspiration pour les poètes et les peintres, toutes périodes confondues. La littérature et l’art en ont livré des représentations. Ovide, il y a deux mille ans, a créé le long poème des Métamorphoses où l’on retrouve les personnages de Narcisse, d’Echo, d’Ariane et de Bacchus… Euripide a pour sa part écrit une pièce en 405 av. J.-C, dans laquelle il évoque le retour du dieu Dionysos à Thèbes et sa vengeance du roi Penthée qui refuse de reconnaître son culte.

Les artistes grecs et romains ont livré des fresques, des statues représentant les dieux et ceux de leur suite : Pan, satyres, panthère, végétaux, bacchantes...

Maurice de Guérin s’est nourri de toutes ces influences. Lors de ses visites au Louvre, il découvre dans la galerie des Antiques les représentations de ces figures mythiques qui reprennent vie sous sa plume.

Jean-Luc Ramond en suit les traces pas à pas. Les personnages évoqués dans le texte reprennent corps dans des photographies troublantes, en noir et blanc, qui entrent en résonance avec les phrases de Maurice de Guérin.

Les Bacchantes célébraient les mystères de Dionysos-Bacchus. Les premières qui portèrent ce nom furent les nymphes nourrices de Bacchus qui le suivirent à la conquête des Indes. Au cours des rites initiatiques et des célébrations destinées au dieu, elles couraient et dansaient, la tête couronnée de lierre, le thyrse à la main, au son de musiques discordantes. Elles répétaient fréquemment le cri Évoé (« courage, mon fils ! »), comme pour rappeler les triomphes de Bacchus sur les Géants.

La jeune bacchante du poème de Maurice de Guérin est une toute nouvelle initiée au culte de Dionysos. Elle entre dans les mystères avec peur et délice tout comme le poète entre avec désir et crainte dans l’univers poétique. Elle est la représentation symbolique de la création qui exige à la fois le contrôle de l’inspiration et son débordement.
Le poème est rythmé par les courses dans les montagnes. La bacchante semble se fondre dans le paysage, épouser les lignes de l’horizon pour mieux réapparaître ensuite au détour des feuillages.

Jean-Luc Ramond reprend cette image dans une de ces photographies. Ici, le corps de la femme se résume à une ligne de paysage.
Aux images fixes s'ajoute un vidéorama, La danse de la Bacchante, création visuelle et musicale, fruit de la collaboration de Jean-Luc Ramond et d'Agnès Demeulenaere.

Jean-Luc Ramond : Fables nouvelles du temps passé
Les fables que l’Antiquité nous a transmises ont une étrange propriété plastique : comme la cire du mont Hymette, plus on travaille leur matière, plus celle-ci est propre à prendre de nouvelles formes.
Déjà Ovide, il y a deux mille ans, pétrissait à sa façon la tradition mythologique pour produire un long poème en quinze livres, plus de douze mille vers de Métamorphoses. Les peintres de son époque avaient fait de même en fixant aux murs de Pompéi la légende d’Echo et Narcisse, d’Ariane et Bacchus, de Daphné, de Pan…
Or voici que pour Maurice de Guérin, un bouquet d’arbres agité par le vent n’est pas qu’un bouquet d’arbres : c’est le siège des nymphes des chênes, qui échangent des propos profonds qu’elles confient au vent léger ; une source d’où l’eau sourd en bruissant n’est pas qu’une source : c’est le séjour d’une naïade, qui s’est fondue dans la transparence des eaux et dont on perçoit le babil ininterrompu ; la courbe des collines n’est pas qu’une ligne de crêtes : c’est la silhouette d’une bacchante endormie, que sa course effrénée a jetée là et qui s’est unie avec la terre ; une grotte obscure n’est pas qu’une cavité dans la paroi : c’est la matrice intemporelle des centaures, qui participent de l’animalité la plus farouche et de la plus profonde sagesse.
Mais aujourd’hui, ces fables si anciennes et dont nous avons perdu la familiarité, que nous disent-elles ? Si elles ne nous disent rien, elles nous font signe… Signe qu’il est temps d’entrer en résonance avec notre passé le plus reculé, avec nos fantasmes les plus secrets, avec nos émotions les plus intimes, mais aussi avec notre culture la plus élaborée, avec notre humanité la plus haute.
Les photographies et la vidéo que nous proposons, nous les proposons comme autant de vues qu’il nous a été donné de prendre et que nous avons rapportées de ces profondeurs-là. Images tirées de l’obscurité du studio, à la lumière d’une lampe torche dont le pinceau lumineux effleure le corps du modèle, hommes et femmes de notre temps, qui resserrent le lien nous unissant aux générations qui nous ont précédés, hommes et femmes différents qui disent la part d’universel qu’il y a en chacun d’eux, en chacun de nous.

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  • Bacchus à la coupe de Jean-Luc Ramond, 2010
  • Centaure I de Jean-Luc Ramond, 2011

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