les Abattoirs [Toulouse, 31]

Exposition : Hessie, Survival Art (archive)

du 29 septembre 2017 au 21 janvier 2018

Horaires :
Du mercredi au dimanche de 12h à 18h.

Visites guidées :
Mercredi à 14h30
Samedi à 15h
1er dimanche du mois à 12h

La manière dont Hessie fait sienne une activité longtemps considérée comme archaïque et anonyme par l’histoire la rapproche pourtant des avant-gardes, notamment des développements abstraits du minimalisme, tout comme des mouvements sociaux de libération des femmes. Cette première exposition d’envergure dans un musée français depuis près de quarante ans participe à la redécouverte entamée il y a quelques années d’une artiste longtemps marginalisée par l’histoire de l’art.

L’histoire de Hessie résonne aussi comme celle d’une femme du XXe siècle dans un monde globalisé, y compris dans le mystère qu’elle continue d’entretenir autour des événements de sa vie. Née en 1936 dans une famille métissée des Caraïbes, Hessie quitte l’île de Cuba pour un périple, notamment américain, avant de s’installer en 1962 avec le peintre Dado, à Hérouval, en Haute Normandie à une heure de Paris, dans un moulin cédé par le collectionneur Daniel Cordier. Dans cette maison où elle vit toujours, Hessie (Carmen Lydia Djuric) s’aménage rapidement un atelier qui lui permet de se retirer comme dans une bulle de création pour tisser les trames d’un temps domestique. Dans cette "chambre à soi", selon l’expression de Virginia Woolf, elle développe une œuvre hors temps, hors case, qu’elle a poursuivie jusqu’à aujourd’hui. S’appropriant des matériaux pauvres, domestiques (papiers, vêtements, déchets, poils, poussières…), féminins (tissus, fils, boutons) ou liés à l’enfance (jouets), elle donne pourtant forme à un langage plastique rigoureux, minimal et souvent abstrait. Tout en échappant aux catégories établies, son œuvre reste puissamment contemporaine. Pour la critique d’art Aline Dallier, elle fait alors partie des "Nouvelles Pénélopes" qui usent du langage féminin pour le subvertir. Quant aux séries d’œuvres brodées ou collées - Grillages, Végétations, Bâtons pédagogiques, Ecritures, Trous, Déchets ou Boîtes -, elles témoignent aussi d’affinités avec des mouvements contemporains tels que le minimalisme, le process art, l’antiform, le soft art, mais aussi l’arte povera et Support/Surface.

No man’s land. L’artiste décline toute responsabilité quant à son identité, tant qu’à sa vie intime, tant qu’aux déclarations à propos de son œuvre[1] . Hessie

C’est ce qu’affirme Hessie en guise d’introduction au catalogue de l’exposition "Survival Art", la première exposition monographique de Hessie, organisée en février 1975 à l’A.R.C. au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Cette expression qui donne son titre également au projet des Abattoirs affirme la radicalité de la posture et de la démarche artistique de l’artiste.

La rétrospective organisée aux Abattoirs de Toulouse en collaboration avec le MUSAC à León en Espagne entend révéler la riche et complexe diversité de l’univers d’une artiste aussi fascinante qu’énigmatique. Grâce à un large corpus d’œuvres réunissant les séries sur tissu et sur papier, les broderies et les collages, ainsi que des pièces inédites, l’exposition donnera à voir les multiples facettes d’une artiste inclassable. Organisée thématiquement comme un environnement, elle comprendra outre des œuvres, des films d’époque et plus récents, documentaires et artistiques, ainsi que des témoignages afin de tenter de pénétrer le "Mystère Hessie".

"Survival Art, soit un art de survie, pour résister à la dissolution, à la perte, d’où une prédilection assumée pour les déchets, objets obsolètes, matériaux du quotidien, vestiges d’une vie, ou encore pour la couture, une action qui raccommode, soigne et relie. Survival Art, comme les mouvements de libération féministes dont elle est proche, ou les ateliers ou réunions de femmes solidaires et engagées auxquels elle participe. Ce terme de Survival Art prend aujourd’hui rétrospectivement une autre dimension quand on sait que la survie est inscrite au cœur même du destin de l’œuvre de l’artiste qui échappa de peu à la destruction. Suite à un incendie dans le moulin de Hérouval, une grande partie de son œuvre a été touchée par l’humidité et la moisissure, ce dont certaines pièces portent encore les traces malgré les restaurations." Sonia Recasens et Annabelle Ténèze

Commissaires :

  • Sonia Recasens, critique d’art, commissaire d’exposition indépendante
  • Annabelle Ténèze, conservatrice du patrimoine, directrice des Abattoirs

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