les Abattoirs [Toulouse, 31]

Exposition : Picasso, le rideau du 14 juillet (archive)

cette œuvre ne peut être présentée plus de six mois par an seulement en raison de sa fragilité

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En juin 1936, Picasso accepte de réaliser le rideau de scène pour le "14 juillet" de Romain Rolland, pièce créée en 1902 et montée au Théâtre du Peuple pour célébrer symboliquement le premier quatorze juillet du Front Populaire.

Les délais très brefs de la commande ne lui permettent pas d'exécuter une œœuvre originale et il décide d'agrandir une petite gouache rehaussée d'encre de Chine, peinte le 28 mai 1936 : la dépouille du Minotaure en costume d'arlequin.

Le rideau fut rapidement brossé dans la semaine précédant la première représentation, le 14 juillet 1936, grâce au talent de Luis Fernandez, peintre et ami de Picasso. La gouache originale fut considérablement agrandie selon la méthode de la mise au carreau dont les tracés sont encore visibles, ainsi que le dessin sous-jacent des figures. Peint au sol dans un vaste local, le rideau présente quelques différences par rapport à la maquette : les personnages sont inscrits dans un espace plus étendu.

La légèreté de la touche restitue parfaitement la monumentalité et la puissance de l'œuvre de Picasso, traitée ici comme un immense pastel bleu d'une grande luminosité. Satisfait de la prouesse de Fernandez, Picasso appose sa touche en guise de signature : il accentue la fermeté du trait par quelques éclats de peinture noire et donne vie aux personnages par l'adjonction de rehauts blancs dans la couronne de fleurs du jeune homme et dans l'habit d'arlequin. La griffe du maître ! Un formidable reportage photographique de Dora Maar, compagne de l'artiste, montre Picasso peignant les principaux personnages de son rideau (juillet 1936).

L'iconographie du rideau est complexe : elle mêle allusions mythologiques, tauromachiques, personnelles et pourrait transposer au plan mythologique une phase de corrida (le tercio de la pique), où le peintre aspire à triompher du Minotaure amoureux qui l'habite. Minotaure mort en habit d'arlequin (Picasso en personne) est soutenu par un géant ailé à tête d'aigle qui évoque la figure d'Horus, dieu solaire égyptien. Un homme puissant et barbu (encore Picasso), affublé d'une peau de cheval (Marie-Thérèse, image de la pureté de l'amour aujourd'hui délaissée), s'avance en menaçant les monstres du poing. Il porte un bel adolescent couronné de fleurs (toujours Picasso dont le profil féminin du visage évoque celui de Dora Maar, sa nouvelle compagne). Bras écartés, il semble arrêter le couple mythique. La scène paraît ainsi suspendue dans un paysage désolé de bord de mer.

Le thème n'offre aucun rapport direct avec le drame épique de Romain Rolland, mais il semble opportun de trouver dans l'affrontement des personnages, l'opposition du bien et du mal, la victoire de la jeunesse, de la beauté triomphante sur la mort menaçante, celle de la vérité, du progressisme face à l'obscurantisme, celle de la Paix chassant les monstres de la guerre.

L'ampleur du souffle révolutionnaire et pacifiste de la pièce de Rolland trouve son équivalent dans l'impressionnante "minotauromachie" de Picasso qui affirme ainsi une cohérence entre la vie, la peinture, le théâtre et l'Histoire.

Le rideau du 14 juillet condense les recherches stylistiques, iconographiques et formelles de l'artiste : expressivité plastique de la "période bleue", clarté et luminosité du dessin classicisant d'après 1917 et surréalité du thème.

Il servit de décor pour de multiples représentations et fut offert par l'artiste à la Ville de Toulouse en 1965.

Il a été restauré en 1994 grâce au mécénat de la BNP Paribas. Sa présentation a bénéficié du concours généreux de EADS Airbus Toulouse.

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