les Abattoirs [Toulouse, 31]

Exposition : Renaud Jerez

du 15 février au 17 juin 2018

Les Abattoirs ont invité Renaud Jerez à investir son étage principal, dont la grande nef sous arches de briques, pour qu’il y conçoive une installation-exposition. L'artiste, exposé à la Triennale du New Museum à New York en 2015, ou encore l’année dernière à l’ICA de Miami, investi la grande nef pour cette première monographie dans un musée français. Il imagine pour le lieu une structure totale, pensée à la fois comme un espace domestique et un lieu d’exposition organique qui aurait pris possession des Abattoirs.

Né en 1982, Renaud Jerez, artiste français dont la carrière s’est développée internationalement depuis sa sortie de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, élabore depuis plusieurs années une œuvre qui a fait sienne la "singularité technologique", c’est-à-dire l’hypothèse que l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait des changements imprévisibles sur la société humaine, changements auxquels il donne la forme de ses robots-momies. Il pointe ainsi du doigt l’existence d’un corps robotique, entre cyborg et mutant, qui intègre la prothèse comme élément indissociable de l’humain. Renaud Jerez nous transporte ainsi dans un univers dans lequel la biomécanique du corps humain est modifiée aussi bien par la réalité des technologies numériques que par la précarité tantôt déshumanisante tantôt réhumanisante des objets et des matériaux qu’il emploie. Ces squelettes bio-morphes, faussement bricolés, sont construits à base de tubes de PVC et câbles informatiques, recouverts de bandages et habillés de matériaux de récupération. Il a recours aussi bien à des matériaux de construction élémentaires (fer, plâtre, cartons, papiers mâchés, etc.), recyclés ou recyclables, qu’à des matériaux synthétiques, industriels et bon marché (vêtements, parapluies, fourrures industrielles, etc.), le bricolage et la précarité des formes sabotant ainsi la fluidité chère à la civilisation contemporaine.

Représentatif d’une génération d’artistes qui a compris qu’il n’y a plus de limite entre le réel et le virtuel, ou, s’il en reste une, qu’elle est à explorer, Renaud Jerez a souvent été mis en relation avec les artistes dits du post-Internet, et a notamment participé à la Triennale du New Museum Surround Audience organisée par l’artiste Ryan Tricartin et Lauren Cornell en 2015. Cependant, pour lui, l’Internet est "un outil et non un sujet". Le monde virtuel recèle aussi bien les bonheurs ou les malheurs, en tout cas toute la diversité de vie, d’une rue moderne : "L’Internet m’intéresse en tant qu’espace public sale et dangereux, tout comme la rue. Les deux sont pollués et ma culture est celle des espaces saturés par des espaces publicitaires et des graffiti hackers".

Si ses personnages sculpturaux sont la partie la plus connue et émergeante de son œuvre, le travail artistique de Renaud Jerez s’exprime sur des supports variés qui vont de la sculpture et de l’installation à la vidéo en passant par la peinture. Si son travail est marqué par l’histoire de l’art – surréalisme, nouvelle objectivité, dada, ou plus récemment l’humour trash d’un Mike Kelley etc. -, l’arrière-plan culturel de son art ne distingue plus culture historique et mainstream. Son œuvre se présente sous l’empreinte de tendances cyberpunks, sous l’égide des récits de la science-fiction et est traversée par l’animation japonaise et le manga. S’appuyant sur ces références, Renaud Jerez nous suggère avec humour les potentialités plastiques, mais aussi les potentiels dangers d’une époque transformée. Questionnant les réseaux et les mises en relation des autoroutes de l’information, il en met en scène aussi l’exclusion, culturelle et humaine. Prenant en compte les réalités corrosives de la culture Junk, les tréfonds du dark Internet et la surconsommation qui bouchonnent dangereusement les cyber-autoroutes de l’information, Renaud Jerez court-circuite les rêves de progrès.

Pour le projet conçu pour les Abattoirs, Renaud conçoit une habitation organique dans laquelle le visiteur circulera dans des pièces créées par l’artiste comme un environnement où seront intégrées des œuvres anciennes ou nouvelles. En effet, au cours de ces deux dernières années, Renaud Jerez s’est mis à créer des environnements domestiques autour de ses sculptures robotiques. Peuples inconnus et familiers à la fois, momies d’un futur dans le passé, ces personnages d’un temps incertain évoluent désormais dans un habitat familier et étrange à la fois. Pour l’exposition conçue l’année dernière pour l’ICA à Miami, l’enjeu de la vision, et de la vision modifiée par les écrans, s’est étendu à des structures-cabanes aux fenêtres de couleurs transparentes, modifiant le regard que l’on portait sur l’espace. L’artiste, lui-même commissaire d’exposition à quelques reprises, imagine pour les Abattoirs une exposition qui est une œuvre en soi. Plus récemment, Renaud Jerez s’est remis à la peinture, pratique qu’il avait abandonnée, et dont plusieurs exemples seront présents dans l’exposition, en proximité avec de nouvelles créations animées. De même, le mobilier de l’espace du musée à cet étage est imaginé par l’artiste.

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