Musée Calbet [Grisolles, 82]

Exposition : Babeth Rambault, La Journée continue (archive)

du 19 octobre au 30 décembre 2012

Vernissage : vendredi 19 octobre à 19h

Un art sans qualité

Babeth Rambault a cette qualité remarquable de mettre en évidence dans ses objets l’insignifiance du monde. Ce non-sens organisé pas ses soins désarçonne l’organisation rangée d’une société où elle se situe en inadaptée.

Ainsi, son regard candide implique une radicalisation du sentiment d’étrangeté par rapport à soi et au monde. Babeth vagabonde dans un monde insensé où elle va percer à jour de petits signes qui nous permettent de comprendre que nous sommes dans la 4ème dimension. Cette dimension est un pays des merveilles où comme Alice, elle veut comprendre ce qui lui arrive et le sens des actions des autres, car dans ce monde rien ne tombe sous le sens. Merci, nous sommes rassurés car ici la relativité des références fait foi, cette relativité nous prépare à la chute – On ne tombera pas plus bas. Comme pour prouver sa bonne foi, Babeth a ramené de son voyage quelques photos démontrant la véracité de ce monde. C’est pourquoi, les photos des haies expriment un déterminisme de l’objet indépendant d’elle, et de leur fonction. L’objet Haie est fantaisiste. Il suit une logique qui lui est propre et qui échappe à la rationalité. La haie veut être belle, coiffée, elle veut s’échapper, agresser… Elle veut se faire remarquer par de petits signes de taille qui révèle aussi l’empathie de Babeth pour l’objet. Une empathie dérisoire qui rend pathétique cette pauvre volonté de la haie. Elle a essayé cette pauvre haie, mais ses efforts sont vains, elle restera à jamais clouée à son mur, bouche b-haie.

La haie : Clôture faite d'arbustes servant à délimiter un territoire. En partant de cette définition commune, on peut comprendre un élément prépondérant de la définition du territoire de Babeth. Le bord pour définir le centre. Le cadre pour définir le tableau ou la photo. Une définition en creux. Car le cadre est le signe que l’œuvre est là, elle est encadrée, donc formatée, située dans le genre. Montrer le cadre en oubliant l’œuvre est un pied de nez de Babeth à la normativité de l'œuvre. La clôture ou haie est un non-territoire, et c’est là spécialement que Babeth s’est située, pour observer le monde.

Dans ce monde à dormir debout on travaille "en journée continue". Encore une aberration relevée par Babeth, car ici sur ce socle matelas, le sommeil ou l’inaction est élevé au rang d’art, il est glorifier et devient une rébellion possible à la norme : un matelas énorme, hors norme. Une autorisation implicite en découle, le droit à l’inaction, une inaction utile et nécessaire, une inaction active. La démission en action, le sommeil en action, le repos en action, comme une alternative à la journée continue où la conscience humaine est mise en sommeil. Droit et fier de l’être, l’artiste reste le seul debout. Dans la conscience populaire, l’artiste est un fainéant, mais il est aussi le seul qui s’autorise contre vent et marais la honte de l’horizontalité et du rêve. La verticalité de ce matelas implique l’horizontalité de la nature humaine et vice et versa. Encore une fois, on a le signe de l’art, le socle sans l’œuvre. Babeth Rambault nous a donné à voir le cadre et le socle de l’œuvre en laissant aux visiteurs le loisir d’imaginer l’invisible reste.

Reste le courage d’entrer dans ce monde parallèle…

© Violaine Sallenave

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