Musée Calbet [Grisolles, 82]

Exposition : Hors les murs : Géraldine Lay, Des attentes éperdues (archive)

du 9 juillet au 6 octobre 2013

Hors les murs :
Vernissage le mardi 9 juillet 2013 à 19h
exposition du 9 juillet au 6 octobre 2013

Centre du patrimoine
Ancien collège, 2 rue du Collège, 82000 Montauban
05 63 63 03 50 – www.ciap-montauban.com

Résidence réalisée par le musée Calbet de Grisolles
et le centre du patrimoine de la Ville de Montauban
pour les Embarcadères 2013, Saison Culturelle en Pays Montalbanais

Commissariat : Yvan Poulain & Antoine Reipert

Une délicate intrusion :

Mai 2013, l'invitation à diner que reçoit Géraldine Lay traduit bien le chemin parcouru depuis ces jours froids de janvier où elle poussait pour la première fois les portes d'hôtels particuliers montalbanais et invitait leurs occupants à poser devant son objectif, à tout le moins la laisser photographier leurs intérieurs, pour des portraits indirects. L’entreprise était délicate, sinon périlleuse. Portés par la délicatesse de Géraldine Lay et la générosité de ses hôtes, ces rendez-vous ont maintes fois conduit à des rencontres chaleureuses, parfois prolongées autour de la table. D'un séjour à l'autre, la photographe a creusé son sillon, ouvrant des portes nouvelles, revenant dans des demeures déjà visitées pour s'entretenir de longues heures avec ses habitants et prendre le temps d'affiner son regard. L’intruse alors se muait en invitée.

Loin de toute intention d’illustration patrimoniale, Géraldine Lay entend révéler la manière dont les lieux sont habités. Comment vit-on dans ces appartements, qui depuis le 17e et le 18e siècle, ont vu tant de visages et brui de tant de voix ? L’architecture s’efface donc au profit des personnes ou des objets, dont le choix et l’agencement témoignent de ceux qui les ont déposés là : un linteau de cheminée recouvert d’oiseaux de bois, une veste couvrant le dossier d’une chaise, une lampe devant des tableaux de famille, voilà quelques-uns des habitants inanimés qui peuplent les photos, parfois rejoints par le maitre des lieux.

Il émane de ces photographies une douceur qui n'est jamais surannée mais davantage empreinte d'une certaine certitude, proche de l’immanence. Des meubles anciens, une tapisserie de la fin du 19e siècle, des horloges sous cloche, des hommes et des femmes qui posent, nimbés d'une belle sérénité : les choses sont ici et c'est ainsi, comme si elles avaient toujours été là, hors du temps. Les modèles semblent même parfois ne faire qu'un avec les lieux, se fondant dans le décor à l'instar de certains portraits réalisés par Gustave Klimt ou Edouard Vuillard, influencés par le japonisme. On est alors tenté de se demander qui, des murs ou des hommes, a forgé l’autre à son image, tellement les lieux apparaissent chargés d'histoire. Ici les visages des vivants côtoient ceux des illustres, figés sur la toile ou sur les photographies anciennes.

Exposées sans légende, les vues d’intérieurs se mélangent allégrement les unes aux autres. Les accords de teintes et d’ambiances, la proximité des aménagements et la permanence des boiseries concourent à créer un nouvel hôtel particulier, somme des neuf immeubles retenus. Un espace imaginaire constitué de fragments du réel, dans lequel le visiteur est invité à composer une histoire, son histoire.

Ces lieux en effet semblent être le théâtre d’événements qui viennent de se produire ou sont sur le point de surgir ; l’air frémit dans l’instant-charnière du « juste-avant » ou du « juste-après ». Une femme qui regarde par la fenêtre, une autre assise au bord du lit, le temps semble suspendu, comme ce ventilateur dont les palmes sont à l’arrêt. Les photographies de Géraldine Lay entremêlent des histoires qui ne demandent qu’à paraître. Les portes entrouvertes, les reflets dans les miroirs, les regards portés hors-cadre, les tableaux et les photographies qui ornent les murs sont autant de chemins que chacun se plaira à emprunter à sa guise, une ouverture vers l’ailleurs, une invitation au voyage.

© Antoine Reipert

Géraldine Lay, née en 1972 à Mâcon, vit et travaille à Arles. Diplômée de l’Ecole Nationale de la Photographie en 1997, son travail est représenté depuis le printemps 2005 par la Galerie Le Réverbère, Lyon. Elle est responsable de fabrication aux Editions Actes Sud.

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