Musée Calbet [Grisolles, 82]

Exposition : Réserves, Promenade dans les collections du musée Calbet (archive)

du 11 avril au 25 juin 2015

du mercredi au samedi : 15h-18h

Avec ou sans Réserve(s), promenade dans les collections du musée calbet !
Suivre la trame des bacs gerbables, la piste des bacs gérables...

Les collections, l’inventaire, les réserves, les salles d’exposition… des collections préservées et des collections présentées, les fondements de l’institution d’un musée.

Ici, à Grisolles, c’est d’abord l’histoire de la volonté d’un homme, Théodore Calbet, donateur originaire de la cité, qui fonde le musée aujourd’hui éponyme en 1938 avec Joseph Marceillac, maire de l’époque. Fermé pendant plus de quarante 40 ans dès 1941 suite à la guerre, redécouvert par un documentaliste et des collégiens, une association reprend le projet en 1980. Ré-ouvert en 1988 (1), labellisé "Musée de France" (2) et redynamisé depuis 2002 par un dialogue entre le patrimoine et la création contemporaine, l’histoire du musée Calbet est sinueuse, mais riche. Riche, avant tout par la générosité des hommes et les femmes, qui ont donné leurs pièces et les passionnées qui ont offert et offrent leur temps.

Car la constitution des musées d’Arts et Traditions Populaires ATP (3), "musées ethnographiques" préférera-t-on dire de nos jours, a notamment été rendue possible par le don d’objets, sous forme de dépôt, prêt, legs ou donation aux statuts juridiques différents. Des objets familiaux, des pièces récoltées aux quatre vents, sur plusieurs continents, au fil de la vie de ce qui ont repérés, récupérés, achetés, autant d’objets très variés qui constituent les fonds primordiaux du lieu, que des achats des professionnels ou des Amis du musée sont venus compléter, enrichir. Et c’est justement cette richesse et cet éclectisme de l’institution, qui sont présentés dans cette exposition. Enfin, présentés ou plutôt suggérés, et concrètement d’abord avec une certaine réserve, puisque qu’il faut plonger dans les bacs à la rencontre des découvertes.

Présentés, mais aussi interrogés, parce qu’aujourd'hui se posent différentes questions liées à la nature de la collection importante du musée Calbet. En effet, si la diversité des pièces, "des objets en tous genres" disait-on, a toujours été constitutive des musées ATP, avec 3367 items et 1802 items pour la collection archéologique, 83 sous ensembles de collections, de la cuisine aux sciences naturelles, des temps préhistoriques à la photographie du 19ème, l’organisation de la collection, c’est-à-dire "à la fois un regroupement d’objets correspondant à un thème, et l’activité qui consiste à réunir, entretenir et gérer ces objets(4)" doit être précisée. Parce que lorsqu'un objet intègre un musée, c’est-à-dire qu’il est inscrit dans le registre d’inventaire, le document officiel qui liste, par ordre d’entrée, les objets formant la collection de l’institution, il devient inaliénable, imprescriptible et insaisissable et le musée a l’obligation de le conserver, soit de le préserver le plus longtemps possible des outrages du temps. Or, il n’y pas un espace indéfini pour tous les objets au sein du musée Calbet. La première question à se poser est donc : que collectionne-t-on et/ou veut-on conserver ? La collection doit être fondée sur le vœu de son fondateur de recueillir le patrimoine de la vallée de la Garonne. Cependant, ne devrait-on pas plutôt déclarer qu’elle se fonde sur les dons des habitants de cette vallée, dont certains partis pour les colonies ont ramené ce qui constitue un mini quai Branly (6)? Des collections originales et atypiques à conserver parmi d’autres, autant remarquables, confiées par de fins amateurs d’art décoratifs ou de sport, à l’image des séries de peignes, de piques à chapeaux ou de plaques de vélo (7). Certains objets dont les intérêts, artistiques, historiques, scientifiques, techniques ou ethnologiques ne sont pas significatifs, c'est-à-dire suffisants en qualité pour être préserver pourraient être déclassés. D'autre pièces, pas assez suffisantes en nombre pour constituer une collection pourraient être déposées auprès d’autres musées intéressés. Autant de questions et de procédures à résoudre, à inscrire et à appliquer à la suite de l’écriture d’un Projet Scientifique et Culturel, le PSC. Il s’agit d’un nouveau chantier, un nouveau document administratif, où sont affirmées les politiques de conservation, comme les choix des ensembles de collections à enrichir par des achats, de restauration pour les objets endommagés (8) et de valorisation par des expositions variées, des actions de médiation et des événements.

Longtemps, à Grisolles, il n’y a pas eu de réserves, mais seulement des lieux de stockage, des caves et des greniers, où la poussière s’était accumulée, dans une atmosphère relativement saine, qui par chance n’a pas endommagés la majorité des objets. Aujourd’hui, suite au chantier des collections, le musée municipal peut s’enorgueillir du travail accompli et des nouveaux espaces qui seront bientôt opérationnels pour continuer au mieux l’étude du fonds.

Le travail, ce récolement tout d’abord, dont les habitués, les scolaires et les visiteurs ont entendu parler ou qu’ils ont côtoyé depuis plus d’un an (9) et qui a permis d’identifier, retrouver, revoir, dépoussiérer, étudier, vérifier (10), résoudre les différents problèmes d’incohérences, mais aussi de photographier, documenter, informatiser, inventorier, et de finalement ranger selon les règles de la conservation préventive (11). Manipuler, répertorier, trier, observer, juger, marquer, isoler, emballer, ordonner, classer, autant d’actions qui ont été réalisées, habilement mais en cadence, parfois minutieusement au fil des compétences de chacun, au fil des jours, des mois de 2014, par les professionnels du musée et la jeune et joyeuse équipe de stagiaires et de bénévoles, qui les ont accompagnés (12). Puisque des collectionneurs aux conservateurs, en passant par "les petites mains", il n’est toujours question que de rencontres humaines, de "belles et fructueuses rencontres" dira-t-on.

Et finalement RANGER dans des bacs, au fils des RANGEES de ces bacs, dans une salle les milliers d’objets BAC = bon à conserver. Suivre le fil du travail, suivre la trame de ces bacs, du carton d’invitation à la forêt de présentoirs, du seuil de l’entrée aux documents témoins de l’ouvrage accompli. C’est à la fois au flash back du récolement, mais aussi à l’avenir du musée que cette manifestation vous convie, de la contemplation aux interrogations.

Ainsi c’est toujours avec une certaine réserve, celle du choix, que se dévoile à vous, visiteurs, une partie des collections aujourd’hui, l’autre encore cachée dans l’ombre, vous attend nombreux au fil des prochaines expositions. Des événements où dialogueront, avec une réserve raisonnée, l’histoire et les collections du lieu avec des réalisations raisonnantes d’artistes contemporains confirmés.

"Bienvenue à tous dans une nouvelle aire, le Musée.03 !"

Pauline Tico, mai 2015

Pauline Tico fut responsable de la médiation et coordinatrice du chantier des collections en 2014, succédant à Célia Touffu qui en réalisa en 2013 les études préliminaires et la mise en place.

1 / Il est alors géré par l’association des Amis du musée Calbet, présidée par M. Gay et Madeleine Olivier est choisie pour le diriger.Cf. Historique du musée, Site : www.musees-midi-pyrenees.fr

2 / "L’appellation "Musée de France" a été instaurée par la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France. Cette appellation peut être accordée aux musées appartenant à l’État, à une autre personne morale de droit public ou à une personne de droit privé à but non lucratif.". Site : www.culturecommunication.gouv.fr

3/ Ces musées d'ethnologie sont créés sur le modèle du "Musée national des arts et traditions populaires" le MNATP fondé en 1937. Il présentait une vision synthétique de la société française traditionnelle, rurale et artisanale pour l'essentiel, depuis le XIXe siècle jusqu'aux années 1960. Aujourd’hui ses collections ont été transférées au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée", qui a ouvert en 2013 à Marseille. Le Mucem présente neufs ensembles de collections : Environnement, habitat – Agriculture - Mines, artisanat, industrie - Institutions, réseaux, échanges - Corps, santé, vêtement – Pratiques rituelles, religieuses ou profanes – Musique et paroles – Image et texte – Jeux, spectacles, loisirs. Site : www.mucem.org

4 / Yvan Poulain, Pauline Tico, M….!, Les éditions du musée Calbet, mars 2014 
5 / "Cela signifie que la personne morale propriétaire (en grande majorité l'Etat et les collectivités territoriales) peut revendiquer son bien entre les mains d'un tiers sans limite de temps (en cas de vol par exemple), que les biens ne peuvent pas être vendus (sous peine de nullité) et, enfin, que ces biens ne peuvent pas faire l'objet de procédures de saisies diligentées par des créanciers." Site : www.culture..., op.cit.

6 / Il s’agit de différents objets comme une pointe de sagaie africaine confiée par M. David, une clochette de l’ancien Dahomey par M. Cayron ou la collection de coquillages gravés de Nouvelle Calédonie offerte par Mme Peyranne dès 1988.

7/ Collections respectivement données notamment par Mmes Béringuier en 1989, Pillet de Paris et M. Gino Damo en 1988. Inventaire du musée

8 / "La restauration englobe toutes les interventions et tous les traitements servant à améliorer la lisibilité et l’intégrité esthétique d’un objet de musée et à rétablir un état historique donné." Yvan Poulain, op. cit.

9 / Un chantier mis en avant par les journaux du musée, une exposition de graphisme M….! présentée à la gare en mars 2014, dont un livret a été édité, des ateliers de médiation pour trois classes de primaires de l’école de Grisolles et des rendez-vous autour d’un café les jeudis après-midi de l’année.

10 / "Le récolement est une opération de contrôle de la présence des objets dans une collection, vérifiant leur localisation, leur état, leur marquage et leur conformité avec l’inventaire." Yvan Poulain, op. cit.

11 / "La conservation préventive est l’ensemble des actions directes ou indirectes menées en faveur des collections qui ont pour but de prévenir les dégradations des objets du musée et d’en prolonger la durée de vie." Yvan Poulain, op. cit.

12 / Ils sont présentés dans la vidéo au rez-de-chaussée. Remerciements à Jean-Yves Bosc, Elisabeth Cagnac, Nathalie Clemente, Claire Crubile, Alexandrine Dondin, Camille Malherbe, Anaïs Parmentier, Yvan Poulain, Pauline Tico, Delphine Santo, et manquants lors du tournage, Célia Touffu, responsable de la médiation, Rolande Soret, trésorière des Amis du musée Calbet, Angelina Déom et Pierre Lemoigne, étudiants stagiaires.

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