Musée de Cahors Henri-Martin [Cahors, 46]

Exposition : Art Dogon, collection Alain Bilot (archive)

du 1er juillet au 1er octobre 2012

Le musée de Cahors partage le point de vue de Jacques Hainard selon qui :

« Exposer, c’est troubler l’harmonie ; c’est déranger le visiteur dans son confort intellectuel ; c’est susciter des émotions, des colères, des envies d’en savoir plus ; c’est construire un discours spécifique au musée, fait d’objets, de textes et d’iconographie ; c’est mettre les objets au service d’un propos théorique, d’un discours ou d’une histoire et non l’inverse ; c’est suggérer l’essentiel à travers la distance critique, marquée d’humour, d’ironie et de dérision ; c’est lutter contre les idées reçues, les stéréotypes et la bêtise ; c’est vivre intensément une expérience collective. »

Il se peut que cette exposition de sculptures Dogon – masques, figures d’ancêtres, objets de culte et de divination – réunies cet été dans la chapelle privée de Monseigneur Grimardias, surprenne par son éclectisme. En effet, nous avons affaire à deux conceptions du monde et deux modes de représentation que tout oppose a priori, mais dont les formes plastiques attestent d’une même volonté d’évocation et de convocation des forces supérieures. Cette association ne cherche pas à souligner la primauté ou l’antériorité de l’une sur l’autre, non plus qu’à manifester d’éventuels traits communs. Elle manifeste plutôt la démarche du musée qui s’inscrit dans une longue « histoire locale » et propose au visiteur de partager un point de vue, selon lequel les œuvres exposées ne le sont pas seulement pour provoquer un plaisir, une répulsion ou des réflexions mais aussi pour susciter des engagements, voire des vocations.

A l’heure où des nouvelles inquiétantes – trafic de drogue, kidnappings, viols, destruction des mausolées de Tombouctou, imposition par la contrainte d’une version de l’Islam étrangère aux traditions locales – nous proviennent de la République du Mali, il nous a semblé utile de rappeler que c’est précisément dans cette chapelle couverte de boiseries, qu’au printemps 2004 les danseurs Dogon enfilaient leurs costumes avant d’aller « saluer » les masques de leurs ancêtres dans les salles du musée.

Sensibles au sort des habitants de la falaise de Bandiagara, comme du reste à celui de toutes les populations du monde en proie au sous-développement, au dérèglement climatique, à la violence et à l’appât du gain, nous avons choisi de présenter ces objets, non pas comme de simples souvenirs ou des supports de convoitise pour collectionneurs ou décorateurs éclairés des capitales occidentales, des traces archéologiques ou des curiosités de musée, mais comme les ambassadeurs du peuple qui les a mis au monde et auxquels ils ressemblent.
Ce faisant nous relayons la démarche d’Alain Bilot qui, via l’association « Amma Sagou Doumbo », se donne pour projet de faire connaître l’originalité et la richesse de la culture Dogon et d’assurer le financement de forages, de barrages et de citernes dans la région de Sangha.

Cette exposition, dopée par l’actualité, est donc une proposition faite aux musées ou aux centres culturels de recevoir tout ou partie de la remarquable collection réunie par Alain Bilot, non seulement à fin de connaissance et de délectation, mais aussi et surtout pour permettre aux Dogon d’arroser leurs jardins et leurs champs tissés sur la roche.

Nous invitons les visiteurs à rejoindre l’association « Amma Sagou Doumbo » et à épingler leurs impressions, sentiments ou réflexions, aux cordelettes suspendues à cet usage tout au long du parcours.

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