Musée de Cahors Henri-Martin [Cahors, 46]

La Prédication dans le désert

Collection : Collection Edmée Larnaudie

La Prédication dans le désert - Edmée Larnaudie
Artiste
Edmée Larnaudie
(08/02/1911 Saint-Pierre-Toirac - 07/11/2002 Saint-Pierre-Toirac)
Titre
La Prédication dans le désert
Chronologie
1943
Technique
Huile sur toile
Dimensions
141,5 x 221 cm
Numéro d'inventaire
D.2010.1.1

© MCHM

« Le poète est celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré » (Paul Eluard).

Cette oeuvre est aussi appelée Les Bergers.
Au milieu des prairies et des collines, un groupe s’est arrêté pour écouter un des bergers. Il rappelle le vieil homme présidant les joutes poétiques relatées par Jean Giono dans Le Serpent d’étoiles. Ce « mangeur de visions » a la peau jaunâtre, hâlée par la vie au grand air, « une sèche peau cuite sur des muscles cuits, un homme de colline, fait de soleil, de poussière et de feuilles mortes ». Son chapeau de feutre est le seul élément du tableau qui donne une note contemporaine à la scène. Habillé d’une chemise blanche et d’un manteau bleu, il s’est appuyé contre un rocher pour mieux écouter le flux de son cœur et partager sa prédication. Sa parole, que l’on devine simple et imagée, est accompagnée par la musique de trois flûtistes, enveloppés dans d’amples manteaux violets, le chapeau noir rabattu sur le dos. Comme ceux du berger, leurs pieds sont nus. Un groupe de quatre jeunes filles se tient aux côtés du prédicateur tandis qu’une cinquième auditrice s’est placée devant lui. Matérialisant la rondeur du souffle des musiciens, l’ensemble des personnages dessine une spirale dont le centre est cette jeune fille blonde. Elle est assise mais son corps est tout en mouvement, tournoyant, jusqu’à son pâle visage penché. Elle est fleur parmi les fleurs : sa robe dessine une corolle qui se déploie dans un plissement diaphane, non pas celui du lys majestueux et capiteux mais plutôt celui du liseron campagnard. Le charme de la prédication opère, envoûte et ravit l’esprit de la jeune fille, qui, les yeux clos, hésite entre le soupir de la sainte et le cri de la fée.

Le paysage est aussi la scène d’un chant du monde infini. La ligne mélodique des collines est doublée par les groupes compacts des moutons et des chèvres. L’espace est empli par le glissement soyeux des toisons des bêtes, le bruit de leurs pas clapotant étouffé par l’herbe épaisse, les appels lointains des bergers. C’est le mariage de la Terre et de l’Air.
On ne sait si l’on aperçoit au loin l’horizon, le ciel prenant alors la même teinte émeraude que l’herbe des collines, envahissant toute la toile. La profondeur n’est pas évoquée par un dégradé des couleurs mais par la diminution de la taille des bergers et des troupeaux plus lointains. La référence pourrait être les tapisseries mille-fleurs particulièrement appréciées aux XVe et XVIe siècles, mais sans l’effet de saturation et de luxuriance qui caractérise ces productions destinées à de riches commanditaires. Ici, les protagonistes de la scène, gens du peuple, et la gravité du message délivré demandent un traitement plus sobre. Le cadrage très serré concentre ainsi l’attention sur la prédication et son effet sur les fidèles. Au milieu des brins d’herbe stylisés, on reconnaît les fleurs du coucou ou de la primevère officinale dont les clochettes remplacent celles qui n’apparaissent pas au cou des bêtes. Ces fleurs symbolisent l’arrivée du printemps, le renouveau et la renaissance comme la prédication annonce elle-même des temps nouveaux. Le prédicant, dans la lignée de Jean le Baptiste ou des prophètes camisards, est un homme parmi les hommes, désignant le Christ comme l’«agneau de Dieu ». La courbe hélicoïdale qui parcourt les disciples est comme une marche en avant, une progression, en même temps qu’un retour régulier aux sources de la foi.
Sabine Maggiani

Cette oeuvre est actuellement présentée dans le cadre de l'exposition Collections automne-hiver 2013-2014 dans la salle consacrée aux artistes lotois réfugiés dans le Lot au début des années 1940.

+ Imprimer

design : neo05