Musée départemental Rignault [Saint-Cirq-Lapopie, 46]

Exposition : Pierre Daura (1896 -1976), un catalan américain en Quercy (archive)

du 24 mars au 7 octobre 2012

tous les jours sauf le mardi :
10h - 12h30 / 14h30 - 18h
et jusqu’à 19h en juillet et août

Photographie :
huile sur toile 20cm x 26cm : Autoportrait à la chemise bleue, Pierre Daura (1896-1976)
Collection musée des Beaux-arts Hyacinthe Rigaud / ville de Perpignan

« L’art, un message de l’intérieur, un geste vers autrui,
le résultat d’une impulsion généreuse »
Pierre Daura

Pierre Daura (1896-1976), Un catalan américain en Quercy
Peintures, dessins et sculptures

Artiste espagnol engagé, naturalisé américain, il tomba en amour du Lot depuis les années 20, devenant l’hôte de Saint-Cirq Lapopie en acquérant l’ancien hospice du XIIe s., devenu en 2005 le prestigieux siège éponyme des Maisons Daura où la Région Midi Pyrénées y soutient les arts contemporains.
Pedro Francisco Daura y Garcia, élève du père de Picasso, Jose Ruiz y Blasco, époux du peintre Louise Heron Blair, eut en ces lieux une fille, Martha, qui réside désormais aux États Unis mais demeurant très attachée à sa terre natale quercynoise.
Ami d’Emile Joseph-Rignault son voisin, il le fréquenta régulièrement, devenant après la mort de celui-ci le premier "conservateur" de l’actuel musée départemental en germe : en cette demeure inspirée, l’évocation de cet artiste qui compta, avec Rignault, parmi les tout premiers à conférer le pouvoir de son art et de sa notoriété au petit village alors quasi ruiné, veut rendre hommage à ce grand plasticien autant qu’intellectuel d’une avant-garde rigoureuse, poétiquement abstraite et scientifique.

Emblématique d’un art de vivre et de l’amour de l’art, le Musée Rignault s’attache à valoriser l’héritage de son donateur en écoutant le cœur battant de la petite cité, aimée de personnalités exceptionnelles qui la firent revivre au début du XXe siècle.
Il ouvre ses portes en cette année 2012, sur l’échange courtois de Rignault avec ses voisins et amis, Pierre Daura, son épouse et sa fille, en devisant sur la vie qui s’écoule, paisible, au cours d’une quarantaine d’étés de relations, à partir des années 1930.
Dans le cadre même de ce logis de Rignault que les Daura fréquentèrent si souvent, encore riche d’une partie de son mobilier et de ses collections, les œuvres rassemblées s’y retrouvent presque en leurs murs, en invitation intimiste. Le transfert, de l’autre côté de la ruelle, esquisse un pas de danse d’une demeure à l’autre. Elles pourront y revivre en y retrouvant leur lumière, leur douce atmosphère, la respiration des êtres aimés naguère dans le chuchotement de conversations reprises entre amis de la belle saison, qui flâneront aussi dans le jardin partagé… Tout cela il est vrai, apparaît si proche et pourtant déjà si lointain … Familiers en effet d’Émile Joseph-Rignault leur voisin, les Daura le visitaient régulièrement. Rignault écrivait à Pierre ses projets d’acquisition, et tandis que sa vue s’éteignait, ce dernier lui transcrivait ses lettres. Après la mort de Rignault en 1962, Daura fut le premier «conservateur» de l’actuel musée départemental alors en germe, organisant la succession.

Visitant en 2011 ses anciennes terres avec son époux et les plus éminents spécialistes américains en matière d’art, Madame Martha Daura a bien voulu se réjouir du projet de cet hommage rendu à ses parents. En cette demeure inspirée, l’évocation de son Père qui compta, avec Rignault, parmi les tout premiers à conférer le pouvoir de son art et de sa notoriété au petit village, veut ainsi rendre témoignage à ce grand plasticien autant qu’intellectuel d’une avant-garde rigoureuse, poétiquement abstraite et scientifique, combattante, humaine et mystique.
Ainsi le visiteur aura-t-il plaisir à flâner devant ces toiles, dessins, croquis et lavis et doux souvenirs, en se mêlant discrètement au mystérieux chuchotement que les âmes en-allées échangeront pourtant pour qui saura les entendre.

Une invitation mémorielle au musée Rignault, vigie de Saint-Cirq Lapopie
L’exposition suggère la vie des Daura en Quercy.
Quelques-unes des plus belles toiles de paysages divers aux subtilités recherchées, fraiches ou fauves, lumineuses jusqu’à l’incandescence, parfois proche du plus délicat maniérisme, parfois tourmentées en frénésie sismique, font danser géologie et toitures dans la contraction des volumes, usant de contreplongées vertigineuses et d’oscillations extatiques, comme en un kaléidoscope secoué d’une vibration universelle de la matière-esprit, dans le frémissement réverbérant d’un mirage poétique « recherchant une extase, une possession, une transcendance ou une communion… avec la Beauté » (Lettre de P. D., 1955).
Des portraits familiers évoquent le retour des ombres à leur incarnation…
L’art de Daura explore l’abstraction pure autant que la contemplation lyrique du réel, aimant aussi à triturer des objets nés de bois fantasmagoriques.
Provenant de collections privées et publiques, auprès de quelques meubles de la Maison, de nombreux dessins, lavis, aquarelles, gouaches, ravivent la subtilité, la ferveur des émotions de Daura dans l’intimité de la vie familiale heureuse et douce ou règne dans l’enchantement du petit elfe Martha, exquise Alice au pays des merveilles lotoises.
Des « portraits » du village, des champs et des rivières font renaître la quiétude des belles journées dans la chaleur des séjours d’été.
Mais aussi, quelques œuvres de Louise Blair, délicates et tendres, convoquent l’émotion d’un rendez-vous mémoriel s’attachant à l’amour comme à l’art de vivre dans l’exquise et familière quintessence d’un monde peut-être à jamais fuyant, et qui manquerait tellement si, en se penchant sur un tombeau, l’âme contemporaine le perdait pour toujours… .

© Isabelle Rooryck
Conservateur en chef départemental des Musées du Lot
Commissaire de l’exposition Daura - janvier 2012

Remerciements à Madame Martha Daura et à Lynn Boland, conservateur-directeur du Pierre-Daura-Center - Georgia Museum of Arts (USA)
« Une exposition célébrant les si lumineuses années de mes parents à Saint-Cirq même, ne pouvait que réjouir mon cœur, me replongeant dans cette jeunesse heureuse, baignée de tendresse et de beauté, dans laquelle j’ai grandi auprès de deux êtres d’exception. Pierre et Louise vécurent un engagement d’artistes imprégnant toute leur vie. Leur héritage est unique, si précieux à mes yeux. Que leur mémoire ainsi évoquée fasse donc chanter en ces lieux tant fréquentés avec notre cher ami Rignault, la féconde nostalgie de ceux qui, par leur art, font que les êtres et leurs rêves ne meurent jamais tout à fait et transmettent une irremplaçable croissance de l’âme du monde tout entier… »
Martha Daura (Lynchburg - février 2012)

Avec l’aimable collaboration de Maurice Fraysse, président honoraire des Amis de Saint-Cirq-Lapopie, des Maisons Daura, résidences internationales d’artistes Région Midi-Pyrénées, et des prêteurs :
Collections privées Saint-Cirq-Lapopie et Flaujac-Poujols, Musée de Cahors Henri-Martin, Musée du Vieux Figeac, Musée Hyacinthe Rigaud - Perpignan, Musée des Augustins - Toulouse, Centre Pompidou - MNAM - Paris, ainsi que le Musée Paul-Dupuy - Toulouse, le Musée du Monastère de Montserrat (Espagne) et le Fonds photographique Nespoulous - Cahors, pour la documentation iconographique.

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  • Autoportrait à la chemise bleue - Pierre Daura

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