Musée départemental Rignault [Saint-Cirq-Lapopie, 46]

Exposition : Un homme de la Renaissance dans le Lot, Daniel-Adrien Routier dit D.A.R (1887-1963) (archive)

du 1er juillet au 31 octobre 2014

Tous les jours sauf le mardi :
10h-12h30 / 14h30-18h (19h en juillet/août)

photo :
D.A.R. (Daniel Adrien Routier) - "Le Lot en contrebas de Saint-Cirq-Lapopie" - Circa 1929 - Huile sur bois - 20 x 34 cm

Un homme de la Renaissance dans le Lot, Daniel-Adrien Routier dit D.A.R (1887-1963)
Exposition réalisée par le Conseil général du Lot, avec le concours de Sylvia Zade Routier, petite fille de l’Artiste - Collection particulière, et de Gérard Aubin, conservateur général du patrimoine.
Commissaire de l’exposition : Isabelle Rooryck, conservateur en chef départemental des musées du Lot

Le musée Rignault poursuit son exploration passionnée des personnalités qui ont marqué la vie artistique et intellectuelle de Saint-Cirq Lapopie. Il ouvre ses portes, en cette année 2014, à Daniel-Adrien Routier, dit D.A.R, médecin, ancien président de la société française de cardiologie, esthète original et inventif qui tomba sous le charme de la petite cité.

En accompagnement de l’exposition un coup de projecteur sera donné aux collections africaines et océaniennes du musée rassemblées par Émile Joseph-Rignault et qui constituent un ensemble important et représentatif du goût pour les arts premiers qui se développe dès le début du XXème siècle.

Saint-Cirq Lapopie, port d’attache inspirant

La magie de la cité aux toits rouges qui surplombe les méandres du Lot n’a cessé d’opérer sur tous ceux qui ont croisé sa route et particulièrement les artistes. Parmi les plus célèbres, Henri Martin y achète une maison en 1912 et peint sans relâche ce site minéral baigné par une lumière changeante qui lui donne force ou douceur selon les heures, André Breton y « cesse de se désirer ailleurs » et convie dans son auberge des mariniers, poètes et artistes surréalistes, le peintre Pierre Daura s’y installe en 1929 et livrera dans ses toiles des visions saisissantes de la cité verticale.

Émile Joseph-Rignault, peintre et collectionneur, découvre Saint-Cirq dès 1919 et initie pour sa part le renouveau de St-Cirq avec l’achat de trois maisons devenues aujourd’hui le Musée Rignault.
Avec Daniel-Adrien Routier, célèbre médecin, talentueux et d’une insatiable curiosité, c’est une autre personnalité brillante que le musée accueille.

Les émotions picturales du peintre, Daniel-Adrien Routier

D.A.R n’est peintre qu’à ses heures et pourtant sa maîtrise de la matière et des couleurs le placent au niveau des meilleurs. Son talent, nourri de sa passion pour la pêche à la ligne qui l’inspirait dans ses contemplations de la Nature, éclate dans ses peintures à l’huile, le plus souvent de très petits formats, d’une texture aussi généreuse que sobre en palette, comme s’il «entrait en matière» littéralement, ainsi saisit-il l’essence des lumières et des couleurs avec une liberté le rapprochant du mouvement Fauve, dont Othon Friesz par exemple, qui séjournera d’ailleurs à Saint-Cirq, fut l’un des brillants représentants.

Ces moments d’émotion entre la terre, les arbres, les champs, l’eau, le ciel, mais aussi en quelques scènes intimistes pénétrées de douceur et de tendresse, témoignent d’une culture imprégnée des Classiques des Pays-Bas, voire de l’Angleterre, comme des recherches graphiques de ce début du XXe siècle d’avant-garde artistique. Cézanne, Vlaminck, Derain entre autres, pouvaient figurer dans sa galerie. Certains partis de mise en page transcendent ses petites surfaces jusqu’au déploiement d’une étonnante et remarquable monumentalité, tels ces pins altiers depuis le bas horizon d’un sol brûlant, jaillissant sur un ciel d’incandescent mercure et dont la couronne des ramures, souverainement, épouse l’ascensionnel éther.

Aux côtés de ces pépites nées des flâneries d’un médecin-pêcheur solitaire, réapparaît également le talent du frère aîné de Daniel, Jean (1884 - 1953), brillant dessinateur proche de l’artiste russe Caran d’Ache, que viennent évoquer quelques émouvantes lettres illustrées durant la Guerre de 1914 engageant aux terrifiants combats les deux frères.

Extraits ci-après du texte de Sylvie Zade-Routier, petite fille de Daniel-Adrien Routier

Daniel Routier fut un éminent physicien cardiologue, co-fondateur de l'Électrocardiographe, dont la carrière a été marquée par de nombreux travaux de réputation mondiale. Mais, créateur impénitent, véritable designer avant la lettre, il fut également peintre. photographe, musicien, dandy également, dessinant ses propres vêtements.

Son inventivité constante le voyait aussi exceller en tant que mécanicien et créateur de carrosseries originales pour ses automobiles, ses motos, de modèles uniques pour ses vélos (les vélos "Lutétia" sont une entreprise de la famille de sa femme, Fernande Jean).

Patiemment, il exerçait également comme violon d’Ingres méditatif, la reliure sur or pour ses livres, ainsi que l'illustration de leurs couvertures. Créateur de tapisseries de petit format, il en tissait par lui-même. Pour faire bonne mesure de ce temps toujours si richement et ardemment rempli, il collectionnait horloges et pendules.

Enfin, il raffolait de la pêche à la ligne. C'est précisément avec la perspective de "pêcher du haut de sa fenêtre" qu'en 1920, le Dr Routier choisit le Lot comme seconde résidence. Le notaire consulté, comprenant l’originalité de son client, lui parle d'une maison ancienne à quatre étages, surplombant la vallée du Lot, à laquelle il le conduit de bon matin à Saint-Cirq Lapopie. Les deux hommes, qui deviendront d'excellents amis, arrivent au moment magique, celui où la brume matinale s'évapore de la rivière et, tel un rideau, se lève sur la vue exceptionnelle du village. De la coursive, au dernier étage de cette maison du XVIIe siècle, pleine de charme, le Dr Routier s'exclame:

"Nous sommes au cœur des Très Riches Heures du Duc de Berry, j'achète!"

C'est ainsi qu'à partir de 1920, le Dr Daniel Routier, quitte la rue de Cérisoles, à Paris, pour aller passer ses vacances à Saint-Cirq-Lapopie avec sa femme, Fernande, leur fille, Giselle et la chatte blanche, Mouska.
Comme il y a très peu de postes à essence sur le parcours, le Dr emporte ses jerricans dans la voiture. Le voyage étant souvent ponctué d'incidents mécaniques, le Dr Routier n'hésite pas à enfiler son "bleu" et glisse sous l'automobile pour les réparations nécessaires.
La première entrée de la famille Routier dans Saint-Cirq, en 1920, fut un évènement, les habitants n'ayant encore jamais vu d'automobiles. À cette époque, il n'y avait dans le village ni électricité, ni eau courante. Le Dr Routier fit construire une citerne dans la cave, et installa au premier étage un moteur à pétrole, qui pompait directement l'eau jusqu'à l'évier.

À Saint-Cirq, le Dr Routier écrit de nombreux ouvrages scientifiques et ne manque pas, pour se délasser de ces travaux ardus, d'aller sur les rives du Lot pour pêcher. C'est là qu'il aime peindre à l'huile quantité de petits formats qu'il laisse volontairement souvent inachevés car, ce qui l'intéresse particulièrement, dit-il, c'est ce qu'il a ressenti du paysage, dès la première impression.

Passionné de photographie, il annote les indications techniques au verso de chaque cliché :. Il développe ses photos et fait ses propres tirages. Il livre ainsi une intéressante archive de la région, surtout des années 1930. Toujours enclin à la recherche, il réussit à faire des panoramiques à trois plans de pose..

Au fil du temps et après que Fernande eût décédé, il revenait souvent par le train à Saint-Cirq Lapopie et, disait-il, "les mains dans les poches", ne s'embarrassant plus d'aucun bagage. De Cahors, il prenait la micheline de Cajarc, qui s'arrêtait à Tour-de-Faure. Là, il reprenait son "Petit Bi", un modèle spécial de bicyclette pliable, qu'il laissait à la Gare, chez Madame Garde, en repartant. À Saint-Cirq Lapopie, il ne professait pas, mais il restait toujours accessible aux gens du village (qui le mentionnent encore) pour un conseil médical.

+ Imprimer

design : neo05