Musée des Beaux-Arts de Gaillac [Gaillac, 81]

Exposition : Entre deux rives, oeuvres de TAPPOL (Habib Hasnaoui) (archive)

du 1er février au 16 mars 2014

Ouvert les vendredis, samedis et dimanches
de 10h à 12h et de 14h à 18h

Entrée libre

Autour de l'exposition
- Vendredi 31 janvier, 17h : Rencontre avec l'artiste suivie du vernissage de l'exposition à 18h
- Jeudi 6 février, 12h45 à 14h : Pause café, pause musée animée par l'artiste
- Dimanche 9 février, 16h : Lectures et performance chorégraphiée autour des œuvres de l'exposition
Intervenant : Régis Mayanrd, comédien et Diane Jean, chorégraphe.

TAPPOL / Habib Hasnaoui
L’artiste d'entre deux rives

Artiste des deux rives, artiste d’entre deux rives, Habib Hasnaoui traverse en funambule la méditerranée au fil d’une vie le renvoyant sans cesse d’une rive à l’autre.

Né en Algérie, il grandit en France. Retour en terre natale pour accomplir son service militaire où finalement il s’installe pour démarrer sa vie d’adulte. Son histoire artistique commence là, au moment où pour lui tout se met en place, où s’écrit son destin. Mais ce qui ne devait être qu’un long fleuve tranquille se transforme en raz de marrée et il est happé par les troubles qui soulèvent le pays dans les années 1990. Installé à Médéa, au cœur de la Mitidja, région surnommée le triangle de la mort, lui et sa famille sont dans l’œil du cyclone. Résigné, résistant, il ne déménage pas. A quoi bon, le pays tout entier est en sang, le tragique et l’effroyable sont partout, dans le village d’à côté, au coin de la rue, sur le seuil de sa porte…
L’insoutenable ne laisse pas de place à l’inspiration et ses toiles restent vierges dix années durant.

De cette période, de ces épreuves, lui reste une conscience exacerbée des douleurs du monde, une hypersensibilité aux souffrances qui l’entourent, et des saignées dans le cœur, des saignées dans le cerveau, des saignées sur la toile. Au début des années 2000 il refait la traversée dans l’autre sens et retrouve les gestes du peintre. D’abord assembleur de journaux, de papiers et d’affiches qu’il coupe, déchire et froisse dans ses collages. Ensuite, tout en gardant beaucoup de matière et le papier en filigrane derrière la couleur, viennent les quais et les ports. Alger –Marseille – Oran. Et cette combinaison à l’infini renouvelée. Les quais sont des bouteilles comme les messages jetés à la mer par un naufrager jamais arrivé à bon port. La mer elle se fait brasier, rougeoiement, sang. La méditerranée, ventre de la terre, gouffre profond et insondable sur les versants duquel Habib Hasnaoui se tient. Vertige à la limite de deux univers pourtant si proches. De deux pays qui se tournent le dos.

En écho à cette question de l’appartenance, Habib Hasnaoui griffonne ses œuvres d’une écriture automatique et sibylline. Talisman mystérieux et incompréhensible, il exorcise sa frustration de ne pas maitriser l’écriture arabe. Il écrit une histoire qui n’est que traces, signes et intuitions, comme un hommage à sa mère, à la perplexité de sa mère analphabète face à la lettre, au mot et à la vie qui les anime.

Amina Far, historienne d'art

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