Musée du protestantisme, de la Réforme à la laïcité [Ferrières (commune de Fontrieu), 81]

Conférence : CONFERENCE SUR "LA SECULARISATION ET LAICITE DANS LES ESPACES MUSULMANS" AVEC MOHAMED-CHERIF FERJANI (archive)

12 SEPTEMBRE 2019 A 18H SALLE PIERRE DAVY

Mohamed-Chérif Ferjani est né en 1951 en Tunisie. En 1970, pendant ses études à l’université de Tunis, il adhère au mouvement marxiste-léniniste « Perspectives », relayé par l’organisation clandestine « El Amal Ettounsi » (Le travailleur tunisien). Il est l’un des fondateurs de la section tunisienne d’Amnesty International. Pour ses idées, il est condamné à six ans de prison en 1975. Relaxé, il s’installe en France et poursuit ses études. Il devient professeur de science politique à l’université de Lyon puis directeur du département d’études arabes en 1996 et 1997. Il est également membre puis directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO) en 2004 et 2007. Il appartient ou contribue à divers organismes et revues traitant du religieux et de la laïcité.
Il écrit en 2005 « La politique et le religieux dans le champ islamique » pour lequel il obtient le prix du Grand Atlas en Espagne. Tous ses travaux contribuent à analyser les rapports entre l’islam et la société, et entre le savoir et le pouvoir en mettant l’accent sur les droits de l’homme.
Notamment, en 1970 il publie « Prison et liberté » dans lequel il regroupe les témoignages de son parcours de militant. Il considère ce qu’il vit en prison comme « une sorte de libération des carcans idéologiques et des contraintes de l’esprit partisan, non pour renoncer au combat pour les valeurs et les principes… mais pour s’engager plus librement ». Ce paradoxe n’est qu’apparent selon lui, car les emprisonnés ont eu une parole plus libre à l’intérieur même de leur cellule, où les débats et les rêves n’ont jamais cessé. Les procès ont servi de tribune contre le pouvoir qui voulait les museler. La révolution de Jasmin qui a eu lieu en Tunisie voici 4 ans n’a pas tout résolu, car les journalistes continuent à être harcelés et menacés, les artistes à être poursuivis, même si des espaces existent. Le sang a continué de couler, l’état d’urgence dure depuis les attentats de 2015, le peuple attend les élections…
Dans un article où il analyse les rapports entre l’islamisme, la laïcité et les droits de l’homme, Mohamed-Chérif Ferjani revient sur la lutte entre l’ancien et le moderne : pourquoi le processus de réformes après la décolonisation s’est-il arrêté ? Les pressions des traditionnalistes ont pesé et les sociétés arabes et leurs dirigeants n’ont pas su « penser une modernité à partir de leurs propres caractéristiques, le débat a été sans cesse reporté ». Au contraire, leur apparente « modernité » s’est calquée sur les travers de l’Occident, reproduisant dans l’exercice du pouvoir le même rapport entre loi et liberté que les traditionnalistes, tenant des régimes despotiques et subordonnant la liberté à la loi. Aujourd’hui, l’islam se voudrait révolutionnaire, alors qu’il n’est selon Mr Ferjani que le retour au traditionalisme le plus strict.
Mohamed Chérif-Ferjani démontre que l’usage du Coran à des fins politiques n’est pas justifié, si on veut bien considérer ce qui relève « du prescriptif » (environ 634 versets de type normatif) sur un total de 6 236 versets que contient le « corpus », la plupart étant donc «du descriptif ». « De l’intérieur même de l’islam, des voix s’élèvent pour dénoncer la vision manichéenne qui oppose l’islam à l’Occident, la démocratie, les droits humains et même la laïcité… »
C’est dire que la conférence du 12 septembre prochain sera à tous égards passionnante, la vocation du Musée du Protestantisme, de la Réforme à la Laïcité étant de provoquer les échanges et débats salutaires à la compréhension des idées des autres.

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