Musée du protestantisme, de la Réforme à la laïcité [Ferrières (commune de Fontrieu), 81]

Visite guidée : Journée visite du patrimoine du 21 août 2019 (archive)

Fiche relative aux visites du patrimoine du 21 août : demeures seigneuriales du Vianais et école de Mèthe Armengaud

Senaux
Le cimetière protestant

1685-1787, un siècle de persécutions pour les protestants qui perdent leurs droits et notamment celui d’enterrer leurs morts dans les cimetières. Cela posait plus de problèmes dans les villages que dans les fermes ou hameaux où les cimetières dans les lieux privés se multiplient.
Tout se met en place après la publication de l’article 27 de l’édit de Tolérance de 1787 signé par Louis XVI et enregistré en 1788.
Il nous dit que : « seront tenus les prévôts des marchands, maires, capitouls, syndics ou autres administrateurs des villes, des bourgs ou des villages de destiner dans chacun des dits lieux un terrain convenable et décent pour l’inhumation ; enjoignons à nos procureurs sur les lieux et ceux des seigneurs, de tenir la main à ce que les lieux destinés aux dites inhumations soient à l’abri de toute insulte, comme ainsi que le sont ou doivent être ceux destinés aux sépultures de nos sujets. »
La commune de Senaux ne possède pas de cimetière catholique et utilise celui près de l’église Saint-Pierre de Lacapelle où nous nous rendrons tout à l’heure.
Les protestants n’ont pas de cimetière ni à Senaux, ni à Lacapelle, ni à Escroux.
La population est de 214 habitants en 1685, moitié catholiques moitié protestants.
En 1788, les consuls de Senaux font une demande auprès de l’Intendant de Castres pour l’achat d’un terrain.
La réponse est positive: « Ordonnance du 30 juin 1788 qui permet aux suppliants de traiter aux meilleures conditions possibles avec le sieur Rouquette de l’acquisition du terrain nécessaire pour l’emplacement du cimetière dont il s’agit. »

Ce terrain a une surface de 112 m2 et est situé en bordure du village.
En 1827, une délibération du conseil municipal nous apprend qu’un conseiller demande la fermeture du cimetière car « les exhalaisons pourraient devenir nuisibles. » Il demande la construction d’un mur de 2 mètres autour ou le changement de lieu.
En 1832, le maire demande la construction d’un mur pour défendre ce lieu aux animaux.
Ce sera fait avec un mur de 1,50 m et en 1902, on mettra une porte en bois.
Aujourd’hui, 3 tombes sont matérialisées :

  • Celle d’Anna Léa Julien décédée le 2 septembre 1902 à l’âge de 1 an 8 mois,
  • L’autre avec une dalle plus grande, celle de sa mère Anne Corbière épouse de Jean Julien décédée 6 mois plus tard le 14 mars 1903 à l’âge de 34 ans.

Les pierres ont été gravées de manière touchante par Jean Julien qui était maçon.
Extraits : « Je suis de tout coeur et toujours avec toi. Heureux ceux qui croient au seigneur a dit l’esprit car ils se reposent de leurs travaux. »
(Jean a gravé la pierre tombale avec un texte écrit de mémoire…sûrement Apocalypse 14 v13.)
La troisième est pour la famille Azaïs avec plusieurs personnes enterrées plus une récente : en 1989, Elie Azaïs (dont certains ont gardé la mémoire) y a été enseveli.
Si la population protestante était nombreuse, c’est dans les cimetières familiaux privés que les protestants ont enterré leurs morts.
L’inhumation est autorisée même de nos jours dans les lieux privés si une tombe existe.

La fontaine du Pigeonnier de Senaux
La seigneurie de Senaux a ses origines au XVe siècle. Un château la défendait.
Le pigeonnier n’existe plus, n’ayant pas résisté à l’outrage du temps, mais on a sauvé les 4 arches et la fontaine est remarquablement restaurée.
De part et d’autre se trouve le jardin du château et il nous intéresse car au fond se trouve un cimetière de la famille de Goudon, seigneurs du lieu depuis 1634.
Charles Marc Elie de Cabrol, descendant des de Goudon a racheté cette parcelle où sont ensevelis ses ancêtres. Il a posé une pierre tombale sur laquelle on peut lire :
Ci-gisent Jean Marie de Goudon seigneur de Senaux et de Talpayrac, 1771-1833
Et deux de ses enfants savoir
Olympe de Goudon 1801-1875
Louis Charles de Goudon 1806-1878
Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur (Apocalypse XIV-13)
(Les citations bibliques dénotent une tradition protestante. Apocalypse 14 v 13 est le même verset qu’à la tombe de Anne Julien, mais dans une version différente).
La liste des ensevelis dans ce cimetière est plus longue :

  • Louise de Goudon née le 22 février 1803 décède la même année.
  • Eugénie de Goudon née le 9 août 1808 décède en 1809.
  • Marie de Goudon née Julien épouse de Jean Marie de Goudon, décédée en 1819
  • Jean-Louis de Goudon 1845

2 enfants de Jean Marie de Goudon :

  • Louis Charles de Goudon décédé en 1878

Il est né à Senaux en 1806.
Louis Charles de Goudon épouse le 29 juin 1832 à Gijounet Pauline Coralie Cambon de Lavalette. (Nous irons au château.)
Ils ont un fils unique Jean Charles Philippe de Goudon de Senaux qui est né le 22 novembre 1832.
Il sera maire de Senaux pendant 33 ans (1830-1863). Décédé en 1878.
Il fermera la porte du château de Senaux.
Le château sera détruit par un incendie en 1899.

  • Olympe de Goudon (1801-1875) a épousé un de Cabrol.

Jeanne Suzanne Olympe Senaux est née en décembre 1801. En cette période, valait mieux éviter les « de ».
Les armes des de Goudon sont accolées à celles des de Cabrol.
Dans le village, nous allons voir les tombes de deux autres descendants des de Goudon.
Jeanne Louise de Goudon décédée en 1826
Et son mari Jean-Pierre Cariès de Sénilhes (origine lacaunaise).

Lacapelle d’Escroux : église Saint-Pierre
L’église de Lacapelle-d’Escroux a, depuis des temps très anciens, servi de lieu de culte aux catholiques des deux communes : Escroux et Senaux qui en étaient dépourvus.
Dédiée à saint Pierre, c’est donc une église très ancienne puisqu’elle figure déjà en 1405 dans les comptes de la décime levée dans le diocèse de Castres.
L’église est construite dans le bas-fond d’une vallée au bord d’un petit ruisseau.
Extérieurement, elle ressemble beaucoup à la plupart des églises de notre montagne avec sa toiture en ardoises et son clocher en forme de dôme abritant les cloches. Il y en a deux, sur la petite une date est gravée 1843, sur la grosse on peut lire : « Je suis la voix de Dieu, j’appelle les vivants et je pleure les morts. De mon nom de baptême, je m’appelle Pierre et Paul, j’ai pour parrain Louis Cambon de la Parrage et pour marraine Élisa Enjalbal de la Rivière. »
On peut voir une troisième cloche à l’extérieur sur le clocher.
L’intérieur de l’église a été profondément remanié au XIXe siècle pour prendre l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. La chaire : elle n’est plus utilisée. Celle-ci est une oeuvre remarquable en bois sculpté du célèbre maître ébéniste Paul Laclau.
Sur les panneaux sont sculptés les 4 évangélistes :
Matthieu (représenté par un homme ailé), Marc (symbole du lion), Luc (du boeuf), Jean (de l’aigle) et l’apôtre Pierre.
La chaire est située à gauche quand on regarde le choeur, du « côté des Evangiles ».
L’autel est l’objet majeur du culte au centre de l’église.
Dans cette église dédiée à saint Pierre, l’autel n’a pas de reliques et n’est pas consacré.
Après Vatican II en 1970, on a ajouté un autel secondaire (ici assez sommaire) et le prêtre est face aux fidèles et parle en français.
Le tabernacle est l’endroit où sont conservées les hosties consacrées. C’est une armoire avec une seule porte frontale toujours fermée à clef.
Les cierges, luminaires, bougeoirs : ils symbolisent la Lumière de Dieu qui éclaire les hommes.
Les vitraux participent à l’éclairement de la nef. Ils sont souvent le don de fidèles.
Dans cette église, à la sortie vous admirerez le vitrail de la Cène. Il est dit « à l’ancienne » et a été restauré dernièrement.
Le chemin de croix :
Il comporte 14 stations
1 : Jésus est condamné à mort
2 : Jésus est chargé de sa croix
3 : Jésus tombe sous le poids (bois) de sa croix
4 : Jésus croise Marie sa mère
5 : Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
6 : Véronique essuie la face de Jésus
7 : Jésus tombe une deuxième fois
8 : Jésus console les femmes de Jérusalem
9 : Jésus tombe pour la troisième fois
10 : Jésus est dépouillé de ses vêtements
11 : Jésus est attaché à la croix
12 : Jésus meurt sur la croix
13 : Jésus est déposé, rendu à sa mère
14 : puis mis au tombeau
Enfin, les plaques commémoratives :

  • Première Guerre mondiale

Les prophétesses
Petit-fils et fils de pasteur, Pierre Jurieu, né en 1637, émigre en Hollande en 1681. Il réside à Rotterdam.
1685 est la Révocation de l’édit de Nantes. Pierre Jurieu va se consacrer au soutien de ses compatriotes huguenots restés en France. C’est lui qui par son ouvrage sur l’Apocalypse « L’accomplissement des prophéties » va faire naître le mouvement des prophétesses qui va se répandre dans notre région, riche en assemblées du Désert clandestines ou semi-clandestines.
Le sous-titre de ce livre était « La délivrance prochaine de l’Eglise ».
Le mot « délivrance » sera dans la bouche des prophétesses, notamment dans celle de Lacapelle et celle de Berlats.
Jurieu fait un parallèle entre l’Apocalypse et le sort des huguenots en France. Les prédicants emploieront également le mot « délivrance » quand ils prêcheront dans les assemblées clandestines.
Extrait de son ouvrage dans lequel « il est prouvé que le papisme est l’Empire antichrétien » « Maintenant les témoins ont été tués. Ils se taisent ; l’Eglise réformée ne peut plus annoncer l’Evangile. Mais ils ne sont pas ensevelis. Cette Eglise est encore présente et au bout de trois ans et demi elle revivra » et « enfin le règne de Jésus-Christ viendra sur la terre. »
En plus de son ouvrage, Jurieu a écrit 69 lettres pastorales qui circulaient et aidaient les prédicants dans leurs prêches au désert.
Les prophétesses entendaient « la voix des anges » en divers lieux, proche d’ici, Verlières, le Bez, Combecaude…
« La voix des anges » s’entendait partout où les temples avaient été détruits. C’était lors des assemblées que l’on pouvait les entendre et ce qu’elles disaient était raconté par des groupes de centaines de personnes avec les déformations des transmissions orales.
En résumé, il y avait deux filles : l’une de Lacapelle, l’autre de Berlats qui passaient pour avoir des visions d’anges.

  • Elles promettaient une Délivrance prochaine.
  • Elles disaient des choses merveilleuses.
  • Elles avaient, disait-on, des dons célestes.

La visionnaire de Lacapelle : Marguerite Mattet naquit à Lacapelle le 9 février 1676. Son père avait un moulin à blé en amont du hameau. Ce moulin existe toujours et n’a cessé de fonctionner qu’en 1914.
Le vendredi 23 novembre 1674 ont été bénis deux mariages à Viane :
David Mattet et Isabeth Bonnafous de La Capelle
Etienne Pujol et Jeanne Mattet (la soeur de David)
Escroux, Senaux , Gijounet et Berlats n’avaient qu’un pasteur à Viane.
Marguerite naîtra 15 mois après et sera baptisée en 1676. Elle porte le prénom de sa marraine.
Elle habitait une des trois maisons proches de l’église.
Les apparitions ont eu lieu alors qu’elle était âgée de 11 à 15 ans.
Dans le Manuscrit de Nîmes, écrit en patois, Marguerite a 10-12 ans et dit : « Un jorn que gardavi lo bestial dins lo prat, quicom me tiret per darrièr. Tota espaurido, cridèri : « Mon Dieu, balhatz-me l’ajuda. » Qualqu’un me respondèt : « Aital sera, pichona ! » Me devinèri per vesèr qual me parlaba. Vesèri un enfanton, de blanc tot vestit et tant polit que n’èri tota esbalausida. Carrejaba un libre tan grand coma la Biblia. Me diguèt : « Sabes de prégarias ? » Recitèri lo Pater, lo Credo et las prégarias d’avant et d’après manjar. »
C’est le récit qui semble donner la version originale.
Un ou deux ans plus tard, en 1689, dans une lettre, on a un autre témoignage :
« Gardant un jour des vaches, je vis un ange vêtu de blanc, sous la forme d’un petit garçon qui sortait de derrière un buisson et qui m’enseigna une prière la plus belle du monde. »
C’est déjà une autre interprétation : « Je vis un ange » !
Voici le récit de l’abbé Brueys qui montre l’inquiétude des catholiques
Donc, tout s’explique, mais chez les protestants, elle « était très familière et parlait hardiment à ceux qui paraissaient admirer ses discours. »
A ceux qui lui disaient de changer de langage, fièrement elle disait : « Race diabolique, apprenez que personne n’a aucun pouvoir sur moi. Ceux qui mettront la main sur mes habits dans un mauvais dessein disparaîtront à mes yeux comme la cire lorsqu’elle fond devant le feu ! ».
Sa renommée est telle qu’on décide de la faire arrêter.
Une seule solution, faire intervenir les dragons du Roi.
Ils étaient cantonnés à Vabre en cette année 1688.
Le capitaine des dragons, d’Espagne, a reçu les ordres et se rend à Lacapelle un dimanche, alors que les catholiques sont à la messe et les protestants réunis à Senaux.
Ils investissent la maison où étaient assemblées plusieurs femmes et l’oncle Pierre Maillié. « L’un d’eux saisit à la gorge et culbute l’officier qui le tue à bout portant. » « Monsieur d’Espagne sortit à l’instant emmenant la fille que sa mère s’efforçait d’embrasser. »
Deux dragons à l’entrée de l’église repoussaient ceux qui voulaient sortir car ils avaient entendu le coup de fusil.
On emmena la prophétesse dans la prison de Castres. On ne lui fit aucun mal.
M. Barbara, juge des lieux l’interrogea. Elle maintint sa version de l’ange, mais au deuxième interrogatoire, elle dit que l’ange, en disparaissant lui avait recommandé d’aller à la messe.
Pour éviter des problèmes, on la transfère à Montpellier et elle est enfermée au couvent des religieuses de Sommières.
Après 5 ou 6 mois de détention, elle fut renvoyée chez son père, paraissant bien convertie, portant un chapelet pendu à sa ceinture. « Mais son zèle outré s’évanouit dans peu de temps par le soin de ses parents. »
Enfin, on apprend :
« Elle vit encore, éstant mariée avec Estienne Cabanel, tisserand du même lieu. »

La famille de Bayne
Les pierres tombales se trouvent derrière l’église.
On peut lire :
« Les pierres tombales de la famille de Bayne ont été conservées en souvenir du testament d’Isabeau d’Aure 29 août 1613, veuve de Florent de Bayne.
Elle demanda d’être inhumée auprès de son époux selon la forme de la religion réformée. »
Les de Bayne pendant les guerres de Religion : Arnaud de Bayne se maria le 23 juillet 1530 avec Catherine de Thézan de Saint-Geniès, et on lui connaît deux enfants : Florent et Marquise.
Florent de Bayne, seigneur d’Escroux, Berlats et Roquefère, épousa Isabeau d’Aurès le 10 juillet 1557 et eut deux fils, Charles et Jean qui n’eut pas de descendance.
Pour avoir choisi la religion protestante, il allait s’illustrer dans les guerres qui embrassèrent le pays castrais. Dans le désordre qui caractérisa cette époque, chacun chercha à se mettre en sécurité : A la nouvelle de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572, Florent de BAYNE et plusieurs autres seigneurs huguenots entreprirent de tenir une assemblée secrète à Pierre Ségade, près du faubourg de Viane, dès le 1er novembre 1572. Cette assemblée avait pour but d’organiser la confédération protestante et d’élire un général pour les religionnaires de Castres, Albi et Saint-Pons. C’est Bertrand de Rabastens, vicomte de Paulin, qui fut choisi à l’unanimité. Il leva aussitôt des troupes, répartit les missions, et obligea le gouverneur de Viane, le seigneur Jean de Portès, vieux catholique, à céder sa place à son cadet Bernard de Portès, capitaine protestant.
Le jeudi 10 septembre 1585, en se rendant à une assemblée à Castres, Florent et quelques autres seigneurs huguenots furent pris pour des catholiques par un autre groupe de protestants sur la défensive, suite à la mort de l’un des leurs. Cette méprise dégénéra en un combat et Florent de Bayne fut tué d'un coup d’arquebuse… Sa disparition fut regrettée tant sa bravoure et sa bonté étaient appréciées.
Son fils Charles de Bayne, seigneur d’Escroux épousa Suzanne de Castelpers, le mariage fut célébré « en l’église réformée de Jésus-Christ dans le château d’Escroux, dimanche quatorzième du présent mois de juillet de l’an 1591 et consommé par copulation charnelle », les contrats de mariage étant passés le 28 février et le 16 septembre de cette même année 1591.

Les CAMBON de Lavalette
Paul Cambon épouse Marie Abos en l’église de Notre-Dame-de-Gigas le 17 février 1711 (1). Ils auront sept enfants. Leur fils Pierre Cambon, né en 1711, hérite de son oncle Pierre Abos le domaine et le titre de Sieur de Lavalette, lors de son mariage en 1746 avec Marie Azaïs. Il achète également les droits seigneuriaux sur des terres Durand de Bonnes de Sénégats, seigneur de Berlats et Lacapelle (4). Pierre Cambon et Marie Azaïs auront quatre enfants, dont un fils Pierre, né le 15 février 1759.
Pierre Cambon de Lavalette épouse au Désert en 1777 Suzanne Rabaud, fille de Paul Rabaud, avocat de Gijou, et Suzanne de Calmels, dont il recevra en dot la métairie de La Rabaudié. Ils auront treize enfants. La famille réside le plus souvent à Castres (rue de l’Albinque), comme en témoigne les lieux de naissance des enfants.
Pierre continue toutefois d’agrandir le domaine de Lavalette. Il fait construire en 1782 le château actuel, dont les deux tours seront ajoutées ultérieurement. Comme son cousin David, il est un des douze membres du Consistoire de Lacaune ; les quatre représentants de Viane sont Bruniquel-Moncamp, Bruniquel-Recoules, Bruniquel-Labaume et Cambon-Lavalette. Il est également maire de Viane de 1807 à 1815.
La famille Cambon de Lavalette, d’après un tableau peint par VALETTE en 1807 (4)
Dans le tableau ci-dessus, Pierre Cambon de Lavalette est le troisième personnage en partant de la gauche (appuyé sur son fusil), alors que Suzanne Rabaud est en septième position (coiffée d’un bonnet de dentelle). Ils sont entourés de onze de leurs enfants : Pierre Paul (né en 1780), Jean Pierre (né en 1783), Anne Sophie (née en 1785), Jeanne Antoinette (née en 1787), les jumelles Marie Nancy et Anne Philippine (nées en 1793, Pierre Camille (né en 1797), Jeanne Henriette (née en 1799), Antoinette Nelly (née en 1802), Paul Henri (né en 1807), et Coralie, née en 1812.
Peu à peu les enfants se marient et quittent le domaine :

  • Anne Sophie épouse en 1802 Jacob François Cabanes « Neveu », propriétaire à Lacaune, fils de Jean François Marc Cabanes et Françoise Olympe de Vareilhes,
  • Jeanne Antoinette épouse en 1807 Marc César Bruniquel-Montcamp, propriétaire et maire de Viane de 1817 à 1832. Elle décède à Viane en 1825,
  • Marie Nancy épouse en 1818 Victor Dardier, pasteur à Viane puis à Mazamet,
  • Anne Philippine épouse en 1822 Jean Pierre Bosc-Lacombe, percepteur à Vabre. Elle décède à Albi en 1864,
  • Jeanne Henriette épouse en 1821 François Azaïs, ingénieur géomètre natif de Vabre,
  • Antoinette Nelly épouse en 1820 Septime Fosse, propriétaire à Lacaune. Elle décède à Lavalette en 1887.

A la mort de son épouse Suzanne, en 1831, Pierre se retire avec la plus jeune de ses filles, Coralie, dans le domaine de Gijou. En 1832, Coralie épouse à Gijounet Louis Charles de Goudon de Senaux, propriétaire et maire de Senaux.
Pierre décède à Gijou le 5 janvier 1842. Le château de Lavalette appartient alors à Antoinette Nelly. En 1880, Jules Cambon de Lavalette, juge au tribunal de Montauban, puis de Nîmes, rachète à sa tante le château et entreprend de reconstituer le domaine. Il rachète encore des terres et fait ériger les deux tours d’angle du château. A sa mort, le château est revendu par son fils Philippe à son cousin Jules Girbal (fils d’Anna), pasteur à Montpellier et à Marseille. Le château est resté dans cette famille jusqu’à nos jours. Il vient d’être vendu récemment par les derniers héritiers.
Eric Zutter qui nous accueille en est le propriétaire actuel.
De nombreuses informations concernant la famille CAMBON de LAVALETTE sont extraites de l’ouvrage (4) du général Véran CAMBON de LAVALETTE, petit-fils de Jules CAMBON de LAVALETTE. Commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, il fut commandant de l’Ecole militaire d’administration de Montpellier, directeur du Commissariat central de l’armée de terre et créateur du Centre régional d’histoire de la Résistance et de la Déportation, installé à Castelnau-le-Lez. Il est décédé récemment à l’âge de 91 ans.

Paul CAMBON
Chirurgien
x 1711 Marie ABOS
Jean CAMBON
Chirurgien
o 1719
x 1754 Anne de ROUANET d'Alran
Pierre CAMBON
Sieur de Lavalette
1711-1787
x 1746 Jeanne AZAIS
Pierre CAMBON de Lavalette
1759-1842
Propriétaire – Maire de Viane
x 1777 Suzanne Marguerite RABAUD
Gabrielle CAMBON
o 1717
x 1758 Jean CARIES
Sieur du Causse
Antoine CAMBON
o 1713
x 1765 Elisabeth VIALES
Jeanne CAMBON de Lavalette
1758-1783
x 1775 Jean-Jacques BRUNIQUEL
Sieur de Recoules
Pierre Paul CAMBON de L.
1780-1841
Propriétaire – Maire de Gijounet
x 1817 Marguerite MILA
de CABARIEU
Anne Sophie CAMBON de L.
o 1785
x 1802 Jacob CABANES
Avocat
Jeanne CAMBON de L.
1787 - 1825
x 1807 Marc César
BRUNIQUEL MONCAMP.
Avocat
Marie Nancy CAMBON de L.
o 1793
x 1818 Victor DARDIER
Pasteur
Anne Philippine CAMBON de L.
1793 - 1864
x 1822 Jean Pierre BOSC LACOMBE
Percepteur
Camille Pierre CAMBON de L.
1797-1861
Propriétaire
x 1835 Claire de LACGER
Jeanne Henriette CAMBON de L.
o 1799
x 1821 François AZAIS
Propriétaire
Antoinette Nelly CAMBON de L.
1802-1887
x 1820 Septime FOSSE
Propriétaire
Coralie CAMBON de L.
o 1812
x 1832 Louis Charles GOUDON de SENAUX
Propriétaire – Maire de Senaux

Saint-Pierre de Combejac
Coup d’oeil à l’école, au calvaire, à la locomobile…

L’église de Saint-Pierre-de-Combejac
Saint-Pierrre de Combejac est un hameau de la commune de Lacaze dans le canton de Vabre. Il y avait jusqu’aux années 1950 une école où Methe Armengaud dont nous allons parler était institutrice et un curé.
La paroisse de Saint-Pierre-de-Combejac est une des six paroisses de la commune de Lacaze. Camalières-Saint-Jean-del-Frech, Roquecave, Saint-Michel de Léon, Saint-Pierre de Combejac et Lacaze.
Cette église est dédiée à saint Pierre, son origine exacte ne nous est pas connue, elle apparaît pour la première fois dans un livre de compte au début du XIVe siècle soit vers 1300.
En 1789, elle dépendait de l’abbaye de Cassan près de Roujan dans l’Hérault.
En 1792, pendant la Révolution, certaines églises de la commune de Lacaze sont fermées dont Saint-Pierre de Combejac.
Après le Concordat en 1802, à la demande des paroissiens, elle est rouverte.
Comme beaucoup d’églises de notre montagne au XIXe siècle qui voit une poussée démographique importante, elle s’avère trop petite et en plus, elle est en très mauvais état.
A l’initiative d’un nouveau curé et du conseil de fabrique de l’époque, on décide carrément de détruire l’ancienne église et d’en construire une nouvelle à son emplacement en 1837.
Les travaux vont s’étaler sur une période de près de deux ans et la nouvelle église sera mise en service en 1839.
Comme cela arrive souvent, on réalise le bâtiment d’abord et comme il n’y plus d’argent, le clocher attendra. En fait il va attendre 20 ans et ne sera construit qu’en 1858.
Dans les années 2002, 2003, Mme Cabanel, retraitée des Postes et artiste peintre à ses heures, entreprit de rénover bénévolement toutes les peintures de l’église et vous avez devant les yeux, le résultat de son travail
La paroisse de Saint-Pierre de Combejac n’a plus de curé résident depuis 1943. Aujourd’hui, elle ne sert pratiquement plus que pour les enterrements dans le petit cimetière accolé au sanctuaire. Seule une cérémonie officielle a lieu tous les ans à la Toussaint.

Histoire de Mèthe Armengaud, résistante :
Son père Jules Armengaud négociant en matériaux et sa mère Rose Bruyère s’étaient mariés en 1904. Elle est née le 13 avril 1912 à Mazamet (jour où le Titanic a sombré).
Petite dernière d’une fratrie de 5, son prénom était Zulma. (diminutif Zulmette puis Mette, qu’elle choisira d’écrire Mèthe).
Elle va à l’école du dimanche au Temple Vieux et gardera toute sa vie une foi profonde.
Protestante, elle était aux Eclaireuses, à l’union chrétienne de jeunes filles.
Elle renforçait sa foi en lisant tous les ouvrages du théologien vabrais Daniel Lys.
Mèthe a fait ses études au collège de Narbonne. Institutrice comme sa soeur Julienne, elle sera institutrice privée dans une famille alliée aux Barrau de Muratel. Après de nombreuses suppléances, elle sera nommée à Saint-Pierre de Combejac à la rentrée 1938. Sa soeur Julienne épousera Paul Amalric négociant en laines à Buenos-Aires.
Mèthe vouait une grande admiration à Marie Durand (épouse Riols) et à la famille Hérail de Lacaune qui l’avaient accueillie.
Son témoignage de résistante pendant la guerre.
Saint-Pierre de Combejac était devenu la plaque tournante de la Résistance :

  • Aide aux 3 mouvements de Résistance : Francs Tireurs et Partisans, le mouvement Libération et surtout le mouvement Combat (Pierre Frenay et Charles d’Aragon) dont émanaient les Corps Francs de Libération n° 10 commandés par Guy de Rouville.
  • Mèthe fabriquait, stockait et diffusait de faux-papiers, des tracs, de la presse clandestine.
  • Elle avait des activités d’accueil et d’orientation vers le maquis : les réfractaires au STO (Service du Travail obligatoire) ou des jeunes qui voulaient s’enrôler.
  • L’école devient un refuge pour les juifs, les maquisards blessés. Elle sert d’entrepôt pour des armes et munitions.
  • Avec l’aide de son amie Lucie Hérail, elle facilitera la fuite de familles juives en leur fournissant des papiers.

Pourtant cela se passe tout en assurant l’enseignement des élèves à plein temps.
Mèthe avait l’estime générale de tout le village qui par sa discrétion lui laissait les mains libres. Jamais elle ne fut inquiétée.
Voici d’ailleurs un témoignage qu’elle a écrit :

« De Lacaune à Montfranc et au-delà, c’est à toutes les portes que j’ai trouvé aide et nourriture, ce sont tous ces français là qui m’ont permis de faire quelque chose.
C’est aussi grâce à tous les parents d’élèves de mon école : ils n’ont jamais dit un mot sur le danger que je pouvais faire courir à leurs enfants par mon action.
A Mazamet, alors que l’autocar était rempli de jeunes gens que l’on emportait pour le STO, des femmes se sont couchées par terre devant le car. Personne n’est parti ce jour-là. /…On demande à Mèthe de les cacher…/ En attendant, dans le petit village de cinq feux seulement, nous trouvons à les loger. Nous mangeons avec eux à l’école.
Certains étaient allés à la chasse et ont rapporté des lapins sauvages. D’autres encore apportaient des pommes de terre. / La dame qui faisait les transports de sacs postaux de Lacaze avait des « palissous ».
Une seule fois j’ai eu de l’argent de l’armée secrète, le reste du temps, nous avons vécu de la « manne » que Dieu voulait bien nous dispenser. Je faisais confiance à l’Eternel… »
Elle donne un témoignage émouvant d’une nuit passée avec de jeunes juives dans une grange de la ferme de Rennes louée par Guy de Rouville.
Guy de Rouville dira d’elle : « Dès 1940, avec un courage et un dévouement qui ont forcé l’admiration de tous, elle s’est consacrée entièrement à la Résistance jusqu’à la limite de ses forces : camouflage des israélites puis des réfractaires, liaison entre les maquis.
Titulaire de la médaille de la Résistance, Madame Armengaud est un exemple magnifique de patriotisme. »
Elle épousera Camille Gaffié en 1944. De l’union naîtront Luc et Lorette.
Après-guerre, elle eut une vie d’enseignante modèle et une vie familiale avec son mari Camille exemplaire.
Elle est décédée le 11 novembre 2006.

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