Musée du protestantisme, de la Réforme à la laïcité [Ferrières (commune de Fontrieu), 81]

Conférence : "LE PROCES DES SORCIERES" PAR ARMELLE LE BRAS-CHOPART, PROFESSEUR EMERITE DE SCIENCE POLITIQUE (archive)

25 JUILLET 2019 18h00 SALLE MUNICIPALE PIERRE DAVY A FERRIERES/FONTRIEU

Madame Armelle LE BRAS-CHOPARD est née en 1950 ; elle a été la première femme à être agrégée de science politique en France. Elle a participé à la création de l’antenne de l’Université de Versailles à Saint Quentin-les-Yvelines. Elle a été chargée de mission égalité hommes-femmes dans l’enseignement supérieur au Ministère de l’Education Nationale, avec Jack LANG qui s’intéresse tout particulièrement aux questions de genre et à la mesure des inégalités hommes-femmes avec l’identification des mesures possibles, sujet qui reste aujourd’hui d’actualité.

Elle publie plusieurs ouvrages à partir de 1997, et notamment en 2016, où elle reprend un thème déjà développé en 2006 : « Les putains du Diable. Procès des sorcières et construction de l’Etat moderne », livre pour lequel elle obtient le prix du Club des juristes, et le prix Olivier Debouzy en 2017.

Pourquoi s’intéresser aux sorcières ? Armelle LE BRAS-CHOPARD l’indique crûment : « Le vrai crime de la sorcière, c’est qu’elle a fait un pacte avec le Diable en couchant avec lui ». Elle ajoute : « La sorcière, c’est la femme qui s’échappe des mains de son mari, par la cheminée, avec son balai, pour —littéralement — s’envoyer en l’air ».

Tout au long du Moyen Age, les femmes occupent tout l’espace familial, mais elles investissent aussi le champ du commerce et d’autres professions. Dans la médecine par exemple, elles sont sage-femme et non seulement elles accouchent, mais aident au contrôle de la fertilité ou à l’avortement. De plus, de nombreuses femmes accèdent au trône, en Castille, en Ecosse et en Navarre, telle Jeanne d’Albret. Armelle LE BRAS-CHOPARD écrit : « La répression des sorcières répond à une peur, largement fantasmée d’un pouvoir des femmes, née d’une réalité diffuse et dont les hommes semblent prendre une conscience aiguë vers la fin du 15° siècle : la place grandissante des femmes dans l’espace social ». Les qualifier de sorcières, « coupables de lèse-majesté divine », est une tentation que d’aucuns franchiront, en les éliminant par le feu (entre 50 et 100 000 femmes), pour purifier la société de toute trace, « une hygiène que les nazis pratiqueront à l’égard des Juifs, des homosexuels ou des Tsiganes ».

En offrant son corps au démon, la femme acquiert des pouvoirs et notamment celui de nuire aux biens, aux animaux, aux personnes. Elle montre une mauvaise image sur laquelle s’appuieront ceux qui veulent la réduire dans un rôle subalterne. Ainsi, l’Etat ne souhaite plus confier aux ecclésiastiques et aux juridictions locales le traitement de cette question qui leur profitait matériellement. Le Roi va se protéger, le divin étant attaqué par les partisanes du démon, et protéger les habitants. L’affaire des poisons sera un point d’orgue, et la loi va être appelée à la rescousse pour tenter de mettre fin au danger : en 1624, est institué « l’appel de plein droit qui renvoie au Parlement parisien, proche du pouvoir royal, toutes les causes impliquant la sorcellerie ».

De nombreux films ont évoqué ces périodes, où le poison et les sorcières étaient en cour et menaçaient la société et le pouvoir. Le film « Les sorcières de Salem » ont popularisé ce phénomène.

Les sorcières éliminées ou mises au pas, les femmes ne présentant plus de danger, l’imaginaire les a cantonnées à une image dans les livres pour enfants. Il en est cependant resté des stéréotypes durables contre lesquels lutteront les femmes, qui ont conquis peu à peu le droit d’exister pleinement. La conquête de la sphère politique sera plus dure. Encore récemment, des soutiens de Donald TRUMP et de Bernie SANDERS qualifiaient Hillary CLINTON de « sorcière ».

Dans certaines parties du monde (Afrique, Orient), la femme reste un danger qu’il convient de contenir, de museler, de rendre invisible afin qu’elles ne mettent pas en cause le pouvoir, toujours masculin. La vigilance reste de mise partout, y compris dans nos sociétés occidentales.

Le 28 septembre 2017, le « Witch Bloc », qui se définit comme « un groupe de sorcières féministes, radicales et en colère », a défilé lors de la journée internationale pour le droit à l’avortement, avec comme mot d’ordre : « Conservatisme, du balai » ! Un article du Monde relatait ce sujet.

Armelle LE BRAS-CHOPARD continue d’œuvrer contre tous les préjugés : elle a publié en 2017 un livre sur « Le mariage pour tous ».

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