Musée Fenaille [Rodez, 12]

Exposition : "Henry de Groux, le front de l'étrange" (archive)

du 26 juin au 29 novembre 2015, PROLONGATION jusqu'au 10 janvier 2016

Prolongation jusqu'au 10 janvier 2016

Catalogue "Henry de Groux, le front de l’étrange"
112 pages, 85 illustrations
Editions Lienart – musée Fenaille, 2015
prix public : 21 €
Le catalogue est publié avec les contributions de Jérôme Descamps, doctorant en histoire de l’art ; Benoît Decron, directeur des musées du Grand Rodez et Aurélien Pierre, directeur adjoint des musées du Grand Rodez en charge du musée Fenaille

Le musée Fenaille propose une plongée dans l’œuvre étrange et visionnaire d’Henry de Groux autour d’un ensemble de dessins inédits sur la Première Guerre mondiale.
« Ce qui frappe surtout, dans cette guerre, c’est, véritablement, son opulente somptuosité d’horreur parfaite : son apocalyptique étrangeté, sa fureur, et, aggravant tout, son indéniable et colossale absurdité de machine fonctionnant à vide. »

Henry de Groux (1866-1930) est aujourd’hui un artiste méconnu. Sa renommée actuelle, limitée au cercle restreint des historiens de l’art et d’une poignée de collectionneurs, ne laisse pas imaginer le succès retentissant qu’il rencontre dès l’âge de vingt-deux ans pour son Christ aux outrages, tableau qui le rend célèbre de Bruxelles à Paris. Très jeune, l’artiste intègre l’avant-garde du groupe des XX, exposant notamment avec James Ensor, avant d’en être exclu suite à un violent différend autour des tableaux de Vincent Van Gogh. De Groux construit sa propre légende ; il la nourrit par une personnalité quelque peu fantasque, à l’image de la bohème parisienne de la fin du XIXe siècle. Son œuvre se construit en marge de la modernité de son temps, traversée par une forme de romantisme exalté, un symbolisme noir et violent.

La Première Guerre mondiale transcende son imaginaire et concrétise ses visions apocalyptiques. De Groux approche de la cinquantaine, Il n’est pas mobilisé mais ce conflit le hante pendant quatre années, ravivant ses obsessions profondes, révélant pour lui la dimension prophétique de ses productions passées. Il cherche à se documenter, à se rapprocher des hostilités afin d’alimenter sa perception des événements. Il se rend plusieurs fois au plus près du front, profitant de ses bonnes relations avec le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Il lit la presse, Le Miroir, L’Illustration ou le quotidien Excelsior qui se livrent une bataille acharnée pour reproduire les photographies les plus saisissantes. Ce flot d’images nourrit son imaginaire.

Henry de Groux produit pendant ces années plusieurs centaines de dessins associés à des séries d’estampes publiées dans un recueil : Le Visage de la Victoire. L’artiste s’attache à recomposer des scènes et des paysages de guerre qui mélangent l’horreur et l’absurde, la fiction et la désolation ; loin de la reconstitution méticuleuse ou du carnet de poilu qui ont l’aval des autorités. Son œuvre s’écarte du courant dominant privilégiant la notion d’authenticité, l’idée du vrai témoin, du dessin croqué sur le vif. Représenter le front devient un sujet central pour la presse qui fait le choix de la photographie ; mais comment peindre la guerre ? Les expositions organisées à Paris pendant les hostilités valorisent l’image d’un artiste combattant anonyme.

Le musée Fenaille propose une plongée dans l’œuvre étrange et visionnaire d’Henry de Groux. L’exposition est liée à la révélation d’un fonds privé inédit, conservé localement, comprenant une centaine de dessins grand format. Son originalité repose sur sa forte proportion de dessins rehaussés à l’aquarelle ou à la gouache, mais aussi sur l’abondance de scènes parcourues par ces visions à la fois fantastiques et grotesques. La sélection présentée au musée Fenaille offre un premier aperçu ; c’est une première étape. Elle s’attache à faire connaître plus particulièrement l’étrangeté de ce regard tout en souhaitant simplement inscrire l’œuvre de guerre d’Henry de Groux dans la continuité de sa production, sans rupture, comme une forme d’excroissance ultime de ses obsessions.

Ces dessins sont présentés pour la première fois au public, près de cent ans après leur exposition à la galerie d’Alignan à Paris, en décembre 1916.

Commissariat de l’exposition :
Aurélien PIERRE, Directeur adjoint des musées du Grand Rodez, en charge du musée Fenaille
Jérôme DESCAMPS, doctorant en histoire de l’art

voir quelques oeuvres sur la page du musée

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