Musée Goya - Musée d'art hispanique [Castres, 81]

La Déploration du Christ

Collection : Peinture hispanique

La Déploration du Christ - Vicente Macip
Artiste
Vicente Macip
Titre
La Déploration du Christ
Chronologie
2ème quart du XVIe siècle
Technique
Huile sur bois
Dimensions
H. 0,79 ; L. 0,65 m
Statut administratif
Achat Ville avec participation du FRAM (Etat + Région)
Numéro d'inventaire
99-1-1

©Castres - musée Goya, musée d'Art hispanique

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L'attribution à Vicente Macip de ce tableau, apparu en 1993 chez l'antiquaire J.Cl. Serre, repose sur des rapports stylistiques avec les œuvres de maturité de l'artiste.Sa présence à la grande rétrospective de Macip, organisée en 1997 par F. Benito Domenech au Musée des Beaux-Arts de Valence, a permis de confirmer sa parenté avec le grand Retable de la Vierge, peint entre 1523 et 1531 pour le maître autel de la cathédrale de Segorbe, le chef d'œuvre de l'artiste. L'analyse des scènes de ce retable révèle, comme dans notre tableau, une construction de la composition par masses avec des volumes nettement dessinés, des personnages qui remplissent l'espace selon un rythme sévère et monumental. On note également le même traitement des visages qui accuse une recherche de la beauté idéale classique, enfin une grande retenue dans l'expression de la douleur.
La confrontation des deux scènes traitant le même sujet, la Déploration du Christ, est éloquente. Nous retrouvons les mêmes personnages présentés dans des attitudes légèrement différentes excepté le Christ mort adossé aux genoux de la Vierge, semblable dans les deux œuvres, dont le motif a été emprunté à une composition de Sebastiano del Piombo, conservée à l'Ermitage. Or nous savons que cette Déploration du Christ, datée de 1516 se trouvait à Valence dans la collection de Jeronimo Vich depuis 1521 ou 1522 (cf. note jointe). Macip a également repris de la composition de Sebastiano la figure de Marie-Madeleine à genoux aux pieds du Christ.
Reprenons la comparaison entre les deux Déplorations de Macip pour souligner des différences dans la mise en place des personnages, plus claire et plus élaborée dans notre tableau. Les deux groupes des trois personnages sont plus cohérents et nettement séparés. La verticalité des figures debout s'oppose nettement aux formes agenouillées du premier plan. Si le traitement des vêtements est très proche on remarque nettement dans notre tableau des plis plus creusés et plus ronds, comme l'ample tunique de Nicodème d'un superbe effet sculptural. Notons que le raccourci de sa main est peut-être emprunté à Raphaël (Aristote dans l'Ecole d'Athènes).Le paysage prend ici davantage d'importance. Il se développe en profondeur avec la ville décrite avec précision et des lointains bleutés à la manière flamande.
Ces remarques indiquent un écart de quelques années dans l'exécution des deux tableaux et traduisent l'évolution de Macip vers des formes plus monumentales et plus classiques que l'on dévouvre dans le Baptème du Christ daté de 1535 (cathédrale de Valence) et les deux tondos du Prado, un peu plus tardifs, provenant du couvent San Julián de Valence.
En particulier dans la Visitation le traitement des figures drapées et le vaste paysage sont très proches de notre tableau qui peut ainsi être situé entre 1535 et 1540.

L'influence de Sebastiano del Piombo à Valence
Grâce aux récents travaux du professeur Fernando Benito Domenech (Boletin del Museo del Prado, 1988), nous savons que deux œuvres de Sebastiano, Le Christ portant sa croix (Prado) et le triptyque formé par La Déploration du Christ (Ermitage), La Descente aux Limbes (Prado) et L'Apparition du Christ ressuscité aux apôtres (perdu), ont été apportées à Valence par Don Jeronimo Vieh y Voltera, ambassadeur à Rome de Ferdinand le Catholique (1507-16) puis de Charles Quint (1516-18). A son retour à Valence en 1521, le diplomate et amateur d'art joua un rôle important dans la vie artistique valencienne. Il fit transformer son palais dans le style renaissant et construire un élégant patio en marbre de Carrare.
Avant qu'ils ne soient remis à Philippe IV en paiement d'une dette par l'un des descendants de Vieh en 1645, les tableaux de Sebastiano ont servi de modèles aux artistes valenciens de Macip à Ribolta (deux copies par F. Ribolta et son atelier sont connues).

J.L. Augé - 1999

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