Musée Ingres [Montauban, 82]

Ange de gauche d'après Le Voeu de Louis XIII d'Ingres

Collection : Ingres et les Modernes

Ange de gauche d'après Le Voeu de Louis XIII d'Ingres - Ernest Pignon-Ernest
Artiste
Ernest Pignon-Ernest
(1942 Nice)
Titre
Ange de gauche d'après Le Voeu de Louis XIII d'Ingres
Chronologie
2010
Technique
Fusain sur papier
Dimensions
5 m de H. x 1,2 m de L.
Numéro d'inventaire
MI.2010.16.1

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Don de l'artiste.

Alors que le musée Ingres préparait une exposition sur la postérité d’Ingres tenue en 2009, l’artiste bien connu pour ses interventions en milieu urbain, a accepté de concevoir l’une de ses « Intervention-image » spécifiquement pour la cathédrale Notre-Dame de Montauban et relative au Vœu de Louis XIII d’Ingres qui y est conservé.
Ces deux feuilles de plus de cinq mètres de haut ont été inspirées à l’artiste par une étude préparatoire d’Ingres consacrée aux anges qui écartent les rideaux de part et d’autre de la Vierge.
A peine collées, elles ont suscité des réactions majoritairement enthousiastes. Cependant, quelques personnes avaient fait remonter leur mécontentement face à la présence de ces corps nus dessinés sur la façade de leur cathédrale. C’est pourquoi, dès la semaine suivante, en accord avec l’artiste, un petit panneau explicatif a été très rapidement posé. Pourtant dans la nuit du 25 au 26 juillet 2009, trois jeunes gens ont vandalisé l’un de ces dessins (l’ange de droite) à l’aide de manches à balais en lacérant la feuille à l'endroit où l'artiste avait représenté le sexe féminin.
Appréhendés sur place, avant d’avoir eu le temps de passer à l’ange de gauche, ils ont tout de suite reconnu les faits qu'ils ont justifiés en disant que de telles œuvres montrant la nudité féminine de cette façon n’avaient pas leur place sur une église.

Ernest Pignon-Ernest, aussitôt contacté, a décidé de ne pas porter plainte, sachant dès le départ que son travail, dans sa fragilité même et dans sa présentation dans la rue, encourt ce genre de risques. Il a été rejoint en cette décision par la Ville de Montauban, l’évêché et le commissariat de l’exposition souhaitant éviter de donner une tribune à ces jeunes gens.
En revanche, la presse s’est, dès le lendemain, emparée de l’affaire et publiait la réaction de l’artiste invité à s’exprimer: « Je m’interroge sur les fantasmes de ces jeunes gens. Où en sont-ils pour être troublés par de telles images ? Il y a un refus du corps qui m’étonne[..]. De plus, le catholicisme véhicule l’image d’un homme à demi-nu cloué sur une croix qui est bien plus violente »

Les dessins n’ont plus été touchés ensuite que par le soleil, la pluie et le vent qui se sont chargés de lacérer naturellement la figure de gauche. Ainsi pour la fin de l’exposition, au mois de septembre, on pouvait voir à droite un trou béant, à l’endroit où l’artiste avait dessiné le sexe de l’ange, rendu incroyablement visible par son absence que révélait la blancheur de la pierre sous-jacente. A gauche, la multiplication des déchirures du papier avait miraculeusement épargné cet endroit précis de l’anatomie angélique, créant autour du sexe comme un halo de lacérations, soulignant là aussi le détail tant controversé.

Finalement, très peu de temps après la fin de l’exposition, il fut décidé par les autorités municipales et religieuses, soucieuses de retrouver la paix, de ne pas attendre de voir disparaître les dessins de « mort naturelle » mais de les déposer tant qu’il était possible d’en conserver quelque chose. Ce qui fut fait avec l’accord de l’artiste. Ces morceaux de papier fragmentaires ont ensuite été confiés à un restaurateur qui les a doublés sur papier japon, afin que le musée puisse les conserver et garder ainsi dans ses collections la trace de cette ambitieuse intervention urbaine et de la polémique qu’elle a suscitée.

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