Musée Ingres [Montauban, 82]

Exposition : Jacques Haramburu /Tapisseries (archive)

du 3 juillet au 2 novembre 2014

Présentation d’un ensemble de tapisseries de cet artiste aux multiples talents.

Jacques Haramburu n’est pas un artiste comme les autres. D’abord, parce qu’il a soigneusement évité de montrer son travail pendant longtemps, plus de vingt ans. Et puis, parce qu’il refuse la distinction traditionnellement admise entre art et artisanat, mettant sur un même plan, et avec raison, peinture, arts du feu et céramique, vitrail, arts textiles et tapisserie. Il occupe ainsi une place à part, la sienne, unique et irréductible à une quelconque catégorisation de l’art contemporain.
Il commence son parcours artistique par une formation brillante, au début des années cinquante, à l’Ecole des Arts Appliqués de Paris, qui l’amène à obtenir un second Grand Prix de Rome en 1955. Il admire alors Cézanne et s’inspire dans sa peinture des leçons de Bonnard ou Vuillard qui le fascinent. Cependant, la peinture américaine d’un Pollock ou d’un Rothko qu’on découvre en Europe au même moment va le bouleverser. Aussi, quand il part à Madrid où il est invité à la Casa Vélasquez en 1960, c’est pour rencontrer l’avant-garde européenne. Il abandonne alors la figuration et la couleur au profit d’une écriture picturale plus intérieure, exclusivement en noir et blanc.
Mais très vite, sa quête est autre et délaissant le « confort » du statut de peintre contemporain « bourgeoisement installé », notre artiste préfère effectuer un grand voyage à l’intérieur de lui-même, un voyage immobile, à la recherche du fondement de toute pratique artistique.
« Sans ce corps à corde, sans ce cordon ombilical coupé, réinventé, sécrété et retendu devant soi » nous dit Jacques Haramburu, « l’art, comme la vie, n’est-il pas qu’endormissement ? Ne devons-nous pas sans cesse réapprendre que la vie artistiquement entreprise est un combat avec la mort ? »
D’où ce retrait des circuits artistiques dès 1964. A partir de cette date, l’artiste préfère ne plus rien montrer hors de son atelier pendant vingt ans. Commence alors une période d’expériences artistiques menées sur les plages du Pays Basque français où se mêlent symboles et rites initiatiques dont le but est d’interroger la mort, le vide, le silence, sans doute pour découvrir sa propre lumière.
Cette lumière, Haramburu va finir par la rencontrer à l’abbaye de Beaulieu, où répondant à l’invitation de la directrice de ce centre d’art contemporain, Geneviève Bonnefoi, l’artiste réalise une grande installation intitulée « Cheminements », composée de grands panneaux peints et d’éléments de matériaux divers déplacés chaque jour par lui-même en fonction du mouvement de la lumière.
A partir de là, les installations se multiplient ainsi que les moyens d’expression utilisés. La peinture se marie désormais avec d’autres techniques expérimentées par l’artiste dès le milieu des années quatre-vingt : les arts du feu et les arts textiles.
L’exposition du musée Ingres entend présenter cette partie du travail d’Haramburu moins montrée et pourtant essentielle à la compréhension de son art.
« Travailler les arts du feu, les arts textiles, la peinture… c’est toujours vivre sur la corde raide de cette chaine de feu, de fil ou de glacis »

Avec ces paroles Jacques Haramburu indique que tout comme la peinture, la pratique de la tapisserie est pour lui une démarche philosophique lui permettant «d’être au monde». Initié à cet art dès 1985, à l’ENAD d’Aubusson, il apprend d’abord à faire des cartons extrêmement précis et prend soin d’apprendre à tisser lui-même de façon à explorer au mieux cette technique qu’il voit comme la possibilité d’un nouveau langage. Il ne veut pas faire de la peinture tissée à l’instar de la plupart des autres peintres qui se contentent de laisser les lissiers réaliser leurs cartons, d’après leurs tableaux.
Ses premiers cartons ont donc été très fouillés et détaillés de façon à avoir un résultat le plus fidèle possible à l’idée de départ pour pouvoir le confier ensuite à un lissier sans être trahi. D’autant plus que ses œuvres textiles présentent de savantes superpositions mêlées de fils d’argent brillants censés rendre une certaine transparence. Certaines évoquent les grandes falaises de Saint-Antonin où Jacques Haramburu habite. D’autres s’inspirent des peintures murales du château de Bioule.
Haramburu n’oublie pas le rôle architectural de la tapisserie. Pour lui, elle permet d’ouvrir les murs, de la même manière qu’un vitrail et propose une véritable transparence vers un ailleurs :
« Des lignes, des surfaces, des couleurs, des matières, se mêlent les unes aux autres comme des voix, s’entrecroisent pour tisser des chants qui s’enroulent. Elles citent des voix anciennes. Elles se citent, se relaient comme des lés de tissus, se font paroles décousues. Elles sont entendues dans leur partition particulière, les relatons intimes qu’elles entretiennent avec le silence, les risques qu’elles prennent face au vide »

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