Musée Ingres [Montauban, 82]

Exposition : La Naissance des Muses : un rêve néo-grec d’Ingres (archive)

du 3 juillet au 2 novembre 2014

Présentation d’études dessinées d’Ingres pour La Naissance des Muses (1856).
Cette aquarelle conservée au musée du Louvre fut commandée par le Prince Napoléon qui la destinait à la tragédienne Rachel. Elle devait prendre place sur la « façade » arrière d’un petit temple dessiné par Hittorff.

LA NAISSANCE DES MUSES D’INGRES
En 1856, Ingres peint La Naissance des Muses comme décor de la maquette du temple de Melpomène, petite construction destinée à orner le jardin d’hiver de la Villa pompéienne du prince Jérôme Napoléon, dit Plon-Plon. Ce dernier, cousin de Napoléon III, partageait avec sa sœur, la princesse Mathilde, le goût pour les lettres et les arts. Mal vu de son impérial cousin en raison de ses positions progressistes, il finit par tomber en disgrâce en 1865. Entre-temps, il eût une longue liaison avec la tragédienne Rachel, qui avait ramené le goût pour les drames antiques dans les années 1840 et fréquenté le cercle des romantiques, particulièrement Théophile Gautier. Le prince voulut se faire construire une maison parisienne qui fût à la fois un lieu de fêtes, de réception et de retraite, dédié au théâtre, à la musique, aux arts et à la littérature. Sous l’influence de Rachel sans doute, cédant à la mode romantique, en opposition au goût du couple impérial pour le style Marie-Antoinette, il jeta son dévolu sur une maison pompéienne qu’il fit construire avenue Montaigne à Paris, entre 1856 et 1860 par Alfred-Nicolas Normand (1822-1909). Cette Villa devait être un lieu de fêtes et de rencontres artistiques et culturelles. Et en son cœur, nichée dans le jardin d’hiver un petit temple dédié à Melpomène, muse de la Tragédie, devait rendre hommage à la maîtresse du commanditaire, la comédienne Rachel. Impressionnant, l’objet reflétait les recherches des architectes de l’époque (Duban, Hittorff, Baltard) sur l’usage de la couleur dans l’architecture grecque, question très débattue alors.
Ingres fut invité à participer à cette aventure néo-grecque en réalisant une œuvre très atypique : une aquarelle collée en plein sur une plaque de cuivre qui devait être nichée à l’arrière du temple, sur le fond extérieur de la cella (partie du temple qui abrite les statues des dieux). Présentée par le peintre au Salon de 1859 dans un encadrement conçu par Hittorff, cette œuvre, détachée avant la destruction de la Maison pompéienne en 1891, est aujourd’hui conservée au musée du Louvre.
Elle représente Latone, mère d’Apollon et déesse des accouchements, en train de soutenir Mnémosyne, la mère des Muses. À l’extrême droite, Melpomène, Muse de la tragédie, est également le personnage principal du petit temple. Sa main est levée et ouverte, dans un geste qui symbolise l’élocution. Il s’agit d’un hommage rendu à la « muse » du prince Napoléon, Rachel. Érato, la Muse de la poésie amoureuse, est en train de naître, aidée par un petit Éros accroché à sa jambe, comme une allusion aux sentiments du prince. Jupiter préside la scène sur son trône.
Ingres pour concevoir cette œuvre s’est inspiré de céramiques grecques et du célèbre Sarcophage des muses du Louvre dont les relevés figurent sur des calques rassemblés dans la première partie de l’exposition. L’une des deux études d’ensemble est composée de quatre calques juxtaposés, dévoilant la technique du collage caractéristique de l’artiste. De nombreuses études enfin ont servi à caractériser chacune des neuf muses.

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