Musée Ingres [Montauban, 82]

Exposition : Le Voeu de Louis XIII (archive)

du 13 septembre au 31 décembre 2013

LE VŒU DE LOUIS XIII D’INGRES

Le musée de Montauban conserve plus de 4500 dessins d’Ingres légués par l’artiste à sa ville natale. Ils sont présentés par roulement pour des raisons de conservation étant donné la sensibilité des œuvres graphiques à la lumière, autour d’un thème, d’un tableau ou d’une époque.

L’exposition actuelle traite de la gestation, à travers une centaine de feuilles, du Vœu de Louis XIII, tableau majeur d’Ingres peint pour la cathédrale de Montauban.

Commandé par le Ministère de l’Intérieur en 1820, il devait représenter « le Vœu de Louis XIII qui met sous la protection de la Sainte Vierge à son Assomption le Royaume de France ». Ce sujet n’alla pas sans poser à l’artiste quelques problèmes qui y voyait deux sujets distincts et anachroniques : une scène religieuse, l’Assomption de la Vierge et une scène historique : la remise du royaume de France sous la protection à la Vierge par Louis XIII en 1638 après les divisions sanglantes des guerres de religion.
Toutefois Ingres finit par accepter de relever le défi et commença à travailler dès 1821 dans son grand atelier de la via des Belle Donne, à Florence, réunissant tout d’abord une abondante documentation faite de copies et de gravures. Celles d’après Raphaël vont lui servir pour le registre supérieur occupé par la Vierge. Ainsi les images de la Madone de Dresde, de la Vierge de Foligno ou de la Madone du Grand Duc , provenant des collections de l’artiste montrent clairement l’influence de l’Urbinate sur le Montalbanais même si la pose finale de la Vierge fut prise par Ingres lui même, complètement nu et juché sur un escabeau avec un chapeau dans les bras en guise d’enfant Jésus. Un dessin croqué par son ami Constantin rappelle cette anecdote.
Pour le registre inférieur, inquiet de l’éventuel manque de noblesse des habits du XVII° siècle, il trouve son modèle dans le Portrait d’Henri IV par Pourbus, exposé au musée des Offices, écrivant à son ami Gilibert qu’il allait « habiller le fils de l’habit du père ». Plusieurs des dessins exposés témoignent de cette recherche.

Ce tableau, dans lequel Ingres assimile si brillamment l’influence de la Renaissance italienne et du Classicisme français avec quelques accents baroques très présents dans la figure des anges, l’impose au Salon de 1824 où il séduit même la jeunesse romantique.
Le triomphe est tel que le gouvernement cherche à retenir l’œuvre pour une église parisienne. Mais Ingres s’y oppose fermement et le Vœu e Louis XIII rejoint enfin Montauban en 1826 où après quelques jours d’exposition triomphale à l’Hôtel de Ville (actuel musée Ingres), il arrive enfin à la Cathédrale. Plusieurs dessins témoignent des réflexions autour de l’emplacement à donner au tableau. D’abord envisagé dans le chœur puis dans la sacristie pour des raisons d’éclairage, il est définitivement installé dans le transept nord où il se trouve encore aujourd’hui.

Les esquisses peintes et dessinées documentent le patient et long travail de l’artiste, ses nombreuses recherches autour de la figure de la Vierge, telle cette « Première pensée » où conforme au thème de l’Assomption elle est représentée debout et sans enfant, image finalement abandonnée au profit d’une Vierge à l’enfant semi-assise, plus fidèle aux modèles raphaëlesques.

D’autres études pour le roi, les anges, les draperies ou le décor montrent le souci du détail d’Ingres qui déploie dans toutes ces feuilles d’exceptionnelles qualités de dessinateur depuis ses délicates études de nu au crayon graphite jusqu’ aux somptueuses draperies sur papier de couleur, traitées à l’estompe et à la pierre noire rehaussée de blanc.

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