Musée Zadkine [Les Arques, 46]

Exposition : Une nouvelle oeuvre prêtée par le Musée Zadkine - Paris (archive)

première présentation samedi 3 novembre 2012

Présentation le samedi 3 novembre 2012, 11h

Musée départemental Zadkine, Les Arques – Lot
Ouvert tous les jours, sauf lundi et jours fériés
2 novembre au 30 décembre - 14h-18h
1er avril au 31 octobre - 10h-13h / 15h-19h
Tel. 05 65 22 83 37

« La grande prisonnière » un manifeste phare de l’exil forcé de Zadkine à New York

Une œuvre majeure, prêtée par le Musée Zadkine de la Ville de Paris, vient enrichir les collections du Musée Zadkine des Arques. Réalisée entre fin 1943 pendant l’exil américain de l’artiste, La grande Prisonnière (La France prisonnière), symbolise avec violence la tragédie de l’expatrié impuissant qui sait son pays martyrisé.

Ossip Zadkine avait déjà subi, engagé corps et âme, la première Guerre mondiale, lui le jeune Russe arrivé à Paris en 1909, en s’enrôlant sous le drapeau français dans l’année 1915, en tant que brancardier volontaire. Gazé en 1917, il retirera de ses expériences d’infirmier et de victime, de nombreux croquis dont le Portfolio des Dessins de Guerre, présenté au musée des Arques en 2010.

Ce nouveau conflit mondial de 1940 atteint Zadkine au plus profond de sa détresse et de sa révolte. L’exil forcé à New York - que le danger nazi a imposé à Zadkine de juin 1941 à septembre 1945 - le plonge dans un silence. Il le crie en ces termes en janvier 1943, pensant à Valentine, son épouse qui a fuit Paris pour Les Arques : «Je ne cesse de penser à elle…. Le paravent de la peur vient de s’étendre jusqu’à la côte méditerranéenne. Elle l’enveloppe et l’étrangle, se faufilant jusqu’aux replis tranquilles et vierges des Arques qui n’avaient jamais connu l’ennemi… Je la vois dans cette grande et tranquille maison, seule et inquiète, apeurée, écoutant les bruits d’avion, les pas d’étrangers qui passent le portail, se dirigeant vers la porte. Le cauchemar ouaté de l’attente. Combien j’aurais aimé être là, près d’elle ! »
La France Prisonnière, 1943 (La grande prisonnière) est un manifeste phare de l’enfouissement de Zadkine à New-York, un chef d’œuvre d’une puissance d’expression comparable à celle de La Marseillaise de Rude ou des Bourgeois de Calais de Rodin.

Dans sa tour carcérale « La grande prisonnière » en proue du musée des Arques, rejoint sur le parvis, trois autres bronzes

Une première étude en terre cuite révèle une jeune et belle femme aux traits helléniques, mi-assoupie, mi-défunte dont seul le buste nu, sous la tête affaissée sur le côté, bouche ouverte sur un dernier appel, sort d’une sorte de cercueil de bois rustique, comme fabriqué à la hâte. Zadkine note dans son journal le 25 septembre 1943 : «Pense et repense à la France, à ceux restés là-bas, comme dans des cachots, dans des cages à poules. Au silence morbide qui embrasse ces vallées et près, villages et ville.» Le 15 octobre, il précise : «… C’est une cage à poules qui enferme une sculpture, un personnage [qui] a trois aspects, très différents d’expression et de climat mais se rejoignant en un tout. On sera obligé de tourner, marcher tout autour pour comprendre…». Un mois plus tard…: «J’ai fini la grande Prisonnière. J’ai travaillé comme un forcené et, à présent, sa silhouette grillagée se hausse dans l’atelier, presque menaçante. Tout en me demandant où j’allais, je sentais qu’il fallait que je fasse cette sculpture. Absolument. Et, la créant, je répondais à ma façon à un monde terriblement cuisant de questions, de regrets, de reproches et amères réflexions sur ma vie ici, aux États-Unis».

Comble de signe malheureux, un accident de première fonte obligera l’artiste à tout reprendre de ces formes «si affreusement mutilées». Zadkine a fait naître ainsi dans la douleur de son cœur d’européen et de français d’adoption, d’homme menacé par l‘assassine hallucination nazie, une allégorie charnelle et vivante, une compagne entravée jusqu’à la blessure dans un inextricable carcan. Dans sa tour carcérale, elle présente, jaillies d’un corps aux bras se démultipliant dans leur détresse, trois faces sublimes d’une même tragédie : la Femme anéantie par le chagrin, visage affaissé vers le sol, derrière les barreaux ; la Femme courage qui lutte et tente d’écarter la cangue monstrueuse, de toute la force de ses membres entravés, et la Femme victorieuse, tête relevée, altière, aux traits d’une universelle beauté, regardant vers l’avenir, loin devant, au-delà...

En étrave du musée des Arques, cette œuvre emblématique, vient compléter le témoignage d’un Zadkine dont la voix atteint à l’universel dans le gouffre de ces années noires. Elle rejoint ici en sa puissance symbolique toujours actuelle, le manifeste de révolte et d’espérance de trois autres bronzes : les Ménades, commencées en novembre 1942 et plongeant dans la puissance des mythologies, l’Arlequin hurlant(1956), amplifiant le projet d’un Monument pour une ville détruite (1953) conçu après les tragédies de Rotterdam et du Havre bombardées (1940 et 1944). Il y a dans ces œuvres tout le déchirement manifesté par la fin d’un monde annoncée, qui espère encore et toujours échapper à la barbarie, en toute son ultime énergie.

Le livre blanc « Zadkine »
A l’occasion de cet évènement marquant l’installation récente de la grande Prisonnière, sera présentée la nouvelle édition enrichie, de l’ouvrage consacré à Zadkine et aux collections du Musée des Arques, sur un livret initial de Monique Escat ancien conservateur en chef départemental, repris et enrichi par son successeur Isabelle Rooryck.
Ce Livre blanc illustré, intitulé « Zadkine », appelait une mise à jour profonde notamment suite à l’arrivée de nouvelles œuvres ces toutes dernières années et de présentations modifiées. Conçu dans le respect de la rédaction et de la présentation de son premier auteur tout en tenant compte des perceptions approfondies sur l’artiste et son œuvre, mais aussi de l’existence de Valentine Prax l’épouse de Zadkine, en tant qu’artiste elle même au cœur du musée.
Il permet le découvrir le musée et le contexte villageois des Arques, en passant par l’église conservant deux œuvres majeures de Zadkine.

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