Le moine sculpteur
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Le jeune moine franciscain, en robe de bure et chaussé de sandales, s’est arrêté un instant pour contempler l’avancée de son travail. Sa cellule est à la fois chambre et atelier – on aperçoit dans le coin de la pièce un lit en fer surmonté d’un crucifix sans doute agrémenté d’un rameau d’olivier béni. Au centre de la pièce se dresse une statue de la Vierge qui tient dans sa main gauche l’Enfant Jésus et l’élève jusqu’à son visage dans un geste d’amour maternel. Tous deux sont couronnés. Un voile recouvre les cheveux ondulés de la Vierge. Les traits de son visage sont à peine esquissés mais leur ligne, les yeux en amande, légèrement bridés, le long nez effilé, évoquent certaines sculptures du XIIIe siècle comme l’Ange souriant de Reims ou la Vierge du portail sud de la cathédrale d’Amiens. Quant au visage de l’Enfant, il n’est pas encore ébauché.
Le moine s’appuie contre son escabeau, l’herminette à la main, satisfait du travail accompli en même temps qu’attentif à ce qui reste à faire. Son geste de repos se confond presque avec une génuflexion. Au premier plan, une petite table blanche présente d’autres outils. A l’arrière-plan, la fenêtre est grande ouverte sur un paysage campagnard dominé par le bâtiment de l’église aux tuiles rouges.
Quelques touches blanches, au bas de l’escabeau et de la statue pourraient être des éclats de matière, pierre ou bois gris, mais le reste de la pièce semble propre. S’agit-il d’une scène réelle ? Malgré son caractère familier et prosaïque, elle n’en possède pas moins un côté fantastique : l’œuvre de ce Pygmalion chrétien, cette Vierge reflétant si bien l’amour maternel, d’une grâce si naturelle, ne va-t-elle pas s’animer ? Ou bien s’agit-il ici d’une allégorie ? Il semble en effet assez improbable qu’un moine se serve de sa cellule comme d’un atelier. De même que le sculpteur travaille par enlèvement de la matière, du superflu pour augmenter le sens de sa réalisation, le religieux, par un long travail de prière et de méditation, en se détachant peu à peu des valeurs matérialistes du monde, se façonne et tente de se rapprocher des modèles suprêmes que sont le Christ et la Vierge.
Sabine Maggiani
Cette oeuvre n’est pas présentée de façon permanente.